Armes chimiques : La laborieuse version de Poutine

Dans une interview au Figaro, le président russe s’est dit persuadé de l’innocence du régime syrien dans l’attaque meurtrière du 4 avril à Khan Cheikhoun.

Denis Sieffert  • 31 mai 2017
Partager :
Armes chimiques : La laborieuse version de Poutine
© photo : Aleksey Nikolskyi / Sputnik

Quarante-huit heures après sa difficile conférence de presse de Versailles, Vladimir Poutine a réagi mercredi aux propos d’Emmanuel Macron sur l’usage des armes chimiques en Syrie. Dans une interview au Figaro, le président russe s’est dit « persuadé » que le régime syrien n’avait pas commis l’attaque chimique meurtrière qui, le 4 avril, avait fait 88 morts dans la localité de Khan Cheikhoun, à l’ouest du pays.

La dénégation russo-syrienne est cependant très peu crédible. D’abord parce que l’attaque chimique a été menée par un appareil russe de type Soukhoï 22 comme ceux qui équipent l’aviation syrienne. Aucune autre force n’en dispose dans la région. Ensuite, parce que la cible était une position rebelle située dans la région d’Idlib encore aux mains des opposants.

Peu après l’attaque, la Russie avait émis une autre « hypothèse » également destinée à innocenter le régime : le bombardement syrien aurait touché un entrepôt de gaz détenu par les rebelles. Une « bavure » en quelque sorte. Mais, les mêmes appareils ont ensuite bombardé un centre de la Défense civile utilisée comme morgue, puis l’hôpital Al-Rahma où une équipe médicale tentait de sauver des survivants. Il est rare en cas de « bavure » que l’assaillant tente ensuite d’achever les survivants en frappant les hôpitaux…

Enfin, des experts, français notamment, ont démontré l’impossibilité d’un tel scénario car le gaz stocké l’aurait été sous forme liquide et n’aurait pas pu se disséminer dans l’espace. De plus, aucune photo satellite ne fait état d’entrepôt sur cette zone. En outre, le régime de Damas n’en était pas à son coup d’essai. La plus importante attaque au gaz avait eu lieu en août 2013 contre la position rebelle de la Ghouta, en banlieue de Damas, causant des centaines de victimes.

Autre tour de passe-passe, dans la même interview, Vladimir Poutine a déploré qu’une enquête ait été impossible sur le terrain. Or, c’est bel et bien la Russie qui a opposé son veto le 5 avril à une résolution du Conseil de sécurité de l’Onu demandant la coopération du régime syrien à une enquête…

Monde
Temps de lecture : 2 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

« La France est assez équipée pour accueillir les enfants retenus dans les camps en Syrie »
Entretien 1 avril 2026 abonné·es

« La France est assez équipée pour accueillir les enfants retenus dans les camps en Syrie »

Dans la bande dessinée En quête de liberté, coécrite avec la journaliste Gaële Joly, la jeune femme de 26 ans forcée à rejoindre Daech à 15 ans raconte son parcours. Un témoignage inédit qui souligne les impensés de la justice et de la politique française en matière de rapatriement des familles parties en Syrie.
Par Salomé Dionisi et Olivier Doubre
« En Syrie et en Irak, les Français de Daech sont allés décharger une violence qu’ils avaient en eux »
Entretien 1 avril 2026

« En Syrie et en Irak, les Français de Daech sont allés décharger une violence qu’ils avaient en eux »

Jamais la propagande d’une organisation terroriste n’avait réussi à recruter aussi rapidement au sein de la jeunesse française. Xavier Renault, psychologue clinicien et expert judiciaire, se penche sur l’attrait exercé par l’État islamique.
Par Céline Martelet
Justice : ces djihadistes français livrés à l’arbitraire
Enquête 1 avril 2026 abonné·es

Justice : ces djihadistes français livrés à l’arbitraire

En septembre dernier, quarante-six adultes et un enfant devenu majeur en détention ont été transférés des geôles kurdes syriennes vers une prison irakienne. Ils s’ajoutent aux treize ressortissants jugés en 2019 à Bagdad lors de procès expéditifs. Mort en détention, un autre ne sera jamais jugé. Enquête sur ces terroristes dont l’Élysée fait tout pour empêcher le rapatriement dans l’Hexagone.
Par Noé Pignède
Pour Trump, Cuba n’est qu’une variable d’ajustement
Monde 31 mars 2026 abonné·es

Pour Trump, Cuba n’est qu’une variable d’ajustement

Plongée dans une crise énergétique et sanitaire majeure, Cuba paie le prix d’un durcissement de la politique des États-Unis. Face à la prédation des impérialismes américains et russes, une solidarité internationale s’organise.
Par William Jean