Répression antisyndicale en Guadeloupe

Élie Domota, leader de l’Union générale des travailleurs de Guadeloupe, est aujourd’hui jugé au tribunal de Pointe-à-Pitre. Pour ses soutiens, ce procès symbolise la répression de la lutte syndicale de ces dernières années.

Maïa Courtois  • 31 mai 2017
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Répression antisyndicale en Guadeloupe
© photo : JULIEN TACK / AFP

Le procès d’Élie Domota, réélu pour un quatrième mandat comme secrétaire général de l’Union générale des travailleurs de Guadeloupe (UGTG), principal syndicat ouvrier de Guadeloupe, s’est ouvert ce matin à Pointe-à-Pitre. Le leader syndicaliste comparaît pour « violences en réunion », suite à une plainte déposée contre lui par Bruno Blandin, président du Medef guadeloupéen.

L’affaire remonte à une manifestation d’avril 2016, contre le licenciement massif par BMW de membres de la section syndicale UGTG en son sein. Après un défilé, l’UGTG s’introduit dans des locaux de l’entreprise, pour engager la discussion avec des responsables. La concession BMW concernée appartient à Bruno Blandin. Des dégradations matérielles sont constatées : mais faute de pouvoir en identifier les auteurs, les poursuites sont abandonnées. Le procureur retient néanmoins contre Élie Domota le motif de « violences en réunion », fondé sur le seul témoignage d’un plaignant, qui déclare avoir été bousculé et s’être vu prescrire un jour d’ITT.

Un rendez-vous a été donné devant le tribunal dès 8 heures, assorti d’un appel à la grève par de nombreux syndicats. Élie Domota considère que son procès est le fruit de _« la collusion entre les représentants de l’État français et le Medef ». L’intersyndicale dénonce une vague de répression particulièrement virulente depuis 2009, qui a fait de la Guadeloupe le fer de lance des politiques de casse sociale et de lutte antisyndicale.

« Une véritable provocation »

D’après le Comité international contre la répression (CICR), 106 militants et dirigeants syndicalistes ont fait l’objet de poursuites judiciaires depuis 2009, année d’une grève générale de quarante-quatre jours. La jeune militante UGTG Régine Delphin avait par exemple été relaxée en 2013, après quatre ans de procédures judiciaires, suite à une plainte pour « diffamation » et « incitation à la haine raciale » déposée par son employeur. En avril 2014, Charly Lendo, un des leaders de l’UGTG, a dû se rendre au tribunal correctionnel pour « homicide involontaire » : un an après la mort d’un jeune motard, il s’est retrouvé accusé d’en être le responsable, en raison de barrages érigés cette nuit-là avec d’autres grévistes.

Le procès d’Élie Domota s’ouvre à la suite de la journée de commémoration du massacre de Pointe-à-Pitre, survenu il y a cinquante ans. Le 26 mai 1967, les ouvriers du bâtiment se mettent en grève pour réclamer une indexation de leurs salaires sur ceux de la métropole. Rejoint par les jeunes des quartiers pauvres, la révolte s’étend dans toute la ville. Les CRS et les « képis rouges », des gendarmes mobiles venus de la métropole et déployés sur l’île depuis les mouvements sociaux de mars, tirent à balle réelle, et passent à tabac des manifestants, toute la nuit durant. Le bilan officiel évoque huit morts. Vingt ans après, le secrétaire d’État à l’Outre-mer faisait, lui, état de 87 morts. Encore aujourd’hui, la lumière est loin d’être faite sur les vrais chiffres de la répression. Dans ce contexte, le procès d’Élie Domota fait figure, pour le Comité international contre la répression, de « véritable provocation ». Et catalyse les tensions sociales sur l’île.

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