Un 1er Mai parisien sous le signe de la division

À Paris, la CFDT et l’Unsa se sont réunis dans le XIXe arrondissement pour appeler à voter pour Macron, tandis que, place de la République, les autres syndicats avançaient des mots d’ordre plus large, à la fois contre l’extrême droite et les reculs sociaux.

Malika Butzbach  • 1 mai 2017
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Un 1er Mai parisien sous le signe de la division
© photo : Alexandros Michailidis / SOOC / AFP

S’il fallait montrer que la mobilisation contre l’arrivée du Front national au second tour de l’élection présidentielle est en deçà de celle de 2002, les rassemblements du 1er Mai en témoignent. Il y a quinze ans, entre 400 000 et 800 000 personnes avaient manifesté dans les rues parisiennes. En 2017, on en compte 30 000, selon la préfecture, et 80 000 selon la CGT. Mais, outre les chiffres, l’ambiance de cette journée est à l’image des divisions des syndicats – et de la gauche – sur l’élection présidentielle.

Un rassemblement en faveur du vote Macron

À 11 heure, au métro Jaurès (Paris XIXe), seules la CFDT, l’Unsa et la Fage (syndicat étudiant), ainsi que des associations comme la Ligue des droits de l’homme et France terre d’asile, s’étaient donné rendez-vous. Une séparation que n’a pas cachée Luc Bérille, secrétaire général de l’Unsa : « Ce qui aurait dû être évident n’a pas été possible. » « On a surjoué les divisions du monde syndical pendant la loi El Khomri et on en paye aujourd’hui le prix », analyse-t-il. Sur la scène, Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT, appelle à « mettre une belle raclée électorale » à Marine Le Pen.

Entre consensus et divergences

Sur la place de la République, en début d’après-midi, le message est beaucoup plus ambigu. « Je crois que tous les syndicats présents sont d’accord pour faire barrage au Front national », estime pourtant Bernadette Groison, secrétaire générale de la FSU. Après de longues tergiversations, il est écrit, sur la banderole cosignée par la CGT, FSU, Force ouvrière et Solidaires : « Pour en finir avec les reculs sociaux qui font le terrain de l’extrême droite ». Mais, si le message est consensuel, les stratégies le sont beaucoup moins. Alors que la CGT, FSU et Solidaires appellent à ce que « pas une voix n’aille au FN », qualifié le secrétaire général de la CGT Philippe Martinez de parti « raciste, xénophobe, antifemmes et libéral », Force ouvrière, dans la lignée de sa tradition d’indépendance vis-à-vis des partis politiques, s’est abstenue de donner une consigne de vote. « Un syndicat n’est pas un parti politique », défend Jean-Claude Mailly, son secrétaire général.

Des pancartes opposées

Dans la foule qui allait de République à Nation, les pancartes sont à l’image de ces divergences. Sur une boîte en carton, Marie a noté toutes les raisons qui font qu’elle fera barrage au FN. « Je combats ce parti depuis le début : je ne veux pas le voir au pouvoir », assume-t-elle. Elle arbore fièrement son badge, qu’elle a depuis les années 1990 : il est « est toujours d’actualité, c’est ça qui est triste ». Plus loin, Hanna tient une pancarte avec un message simple, le hashtag « #SansMoiLe7Mai » : « Je ne peux pas aller voter pour Emmanuel Macron alors que je viens de passer des mois à combattre sa loi travail. Je comprends les gens qui iront voter pour lui mais, moi, je n’irai pas », explique la jeune femme.

Heurts violents entre jeunes et CRS

« Antifascistes et anticapitalistes », crient les manifestants de la tête de manifestation qui, comme l’année dernière, lors du mouvement contre la loi El Khomri, se sont placés avant les cortèges syndicaux. Aux alentours de Bastille, puis sur le boulevard Diderot, en direction de Nation, de nombreux heurts ont éclaté entre des jeunes et les policiers. Des activistes du black block ont lancé des projectiles, dont des cocktails Molotov, ce à quoi les CRS ont répliqué par des tirs de gaz lacrymogène, qui ont aveuglé les manifestants. On compte six blessés parmi les forces de l’ordre, et cinq personnes ont été interpellées.

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