Comment le gouvernement veut nous vendre à la finance

À New York, Bruno Le Maire a garanti aux milieux d’affaires américains que le droit du travail français s’accorderait désormais à leurs intérêts.

Michel Soudais  • 29 juin 2017
Partager :
Comment le gouvernement veut nous vendre à la finance
© Photo : Bruno Le Maire à son arrivée à New-York, le 28 juin (EDUARDO MUNOZ ALVAREZ / AFP)

Alors que Muriel Pénicaud, la ministre du Travail, tentait encore hier, dans une laborieuse conférence de presse, de convaincre que la simplification radicale du code du travail ne nuirait en rien aux intérêts des salariés, c’est un tout autre discours qu’entonnait Bruno Le Maire. En déplacement auprès du gotha de Wall Street, le ministre de l’Économie a très crûment expliqué les raisons de sa visite dans le temple mondial de la finance.

Il s’agit d’« arracher des décisions aux institutions financières américaines et leur dire “vous êtes les bienvenues en France” ». Avec un argument que notre ministre VRP a cyniquement exposé :

Je vais leur dire “voilà, la France a changé, elle vous accueille, […] n’ayez plus d’inquiétudes sur le droit du travail français, […] n’ayez plus d’inquiétudes sur l’instabilité fiscale française”.

Voilà qui éclaire la nature des ordonnances que le gouvernement s’apprête à prendre cet été. D’autant que les représentants des milieux d’affaires américains que Bruno Le Maire avait prévu de rencontrer n’ont rien de philanthropes. Il devait avoir un entretien avec Larry Fink, le PDG de BlackRock, fonds présent au capital de nombreux grands groupes américains (McDonald’s, Apple…) et étrangers (BNP Paribas…). Avant de prendre part à un dîner organisé sur le thème de l’« attractivité de la France » avec Kenneth Jacobs, le patron de la banque Lazard, et le financier américain John Paulson, dont le fonds du même nom est au capital de différentes entreprises. Ce dernier fait partie d’une catégorie d’investisseurs baptisés « activistes » – ce qui sonne mieux que « prédateurs » – pour avoir bousculé les traditions dans les conseils d’administration et fait de la rémunération des actionnaires la priorité des entreprises.

Une priorité qui s’accorde très mal avec l’intérêt des salariés.

Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

« L’expression “ferme France” perpétue un imaginaire paysan bleu-blanc-rouge »
Entretien 20 février 2026 abonné·es

« L’expression “ferme France” perpétue un imaginaire paysan bleu-blanc-rouge »

L’historien Anthony Hamon décrit l’évolution des syndicats agricoles en France, et la façon dont la politique française vante les mérites d’un monde agricole unifié qui occulte ses disparités sociales.
Par Vanina Delmas
Agriculture responsable : que peuvent les petites communes ?
Reportage 19 février 2026

Agriculture responsable : que peuvent les petites communes ?

Certaines collectivités tentent de se réapproprier la politique agricole à l’échelle communale. Pour lutter contre la disparition des petites fermes, et favoriser une alimentation bio et locale.
Par Vanina Delmas
Enquête, extrême droite, impacts politiques après la mort de Quentin Deranque : nos réponses
Direct 19 février 2026

Enquête, extrême droite, impacts politiques après la mort de Quentin Deranque : nos réponses

Après la mort du militant d’extrême droite Quentin Deranque, suite à une rixe avec des antifascistes à Lyon le 14 février, posez vos questions à la rédaction de Politis. Instrumentalisation de l’extrême droite, isolement de la France insoumise, banalisation du fascisme : les réactions après « l’homicide volontaire », selon les termes du procureur de Lyon, ont souligné un véritable séisme politique.
Par Politis
« Les groupes antifascistes se sont toujours constitués en réaction à la violence de l’extrême droite »
Entretien 19 février 2026 abonné·es

« Les groupes antifascistes se sont toujours constitués en réaction à la violence de l’extrême droite »

Un militant du collectif antifasciste La Horde analyse la manière dont les groupes qui luttent contre l’extrême droite sont désignés comme des ennemis de l’intérieur, alors que des personnes militant à la Jeune Garde ont été interpellées suite à la mort de Quentin Deranque.
Par Olivier Doubre