Des syndicats CGT portent la loi travail devant le Conseil constitutionnel

Une coordination de structures locales CGT a déposé des recours contre deux dispositions de la loi El Khomri et annonce une action judiciaire contre les ordonnances du gouvernement d’Emmanuel Macron.

Malika Butzbach  • 8 septembre 2017
Partager :
Des syndicats CGT portent la loi travail devant le Conseil constitutionnel
© photo : FRANCOIS NASCIMBENI / AFP

La « bataille judiciaire » contre la loi travail continue. Jeudi 7 septembre, une trentaine de syndicats CGT ont déposé deux questions prioritaires de constitutionnalité (QPC) contre les articles 21 et 22 de la loi du 18 août 2016. À l’initiative de l’action, on retrouve la CGT-Goodyear, la CGT Energie Paris la CGT Hôtels de prestige et économiques, Info’Com CGT, le syndicat CGT du CHRU de Lille… Les mêmes qui avaient appelé en janvier 2017 à multiplier les actions judiciaires pour « faire échec » à la mise en œuvre de la loi travail et avaient saisi le Conseil d’État pour faire annuler l’article qui autorise les référendums d’entreprise.

Atteinte au droit de participation

C’est justement cet article de la loi El Khomri qui est visé par une des QPC. Celui-ci permet aux syndicats minoritaires de faire passer un accord refusé par les syndicats majoritaires en le soumettant directement aux employés. « Cet article porte atteinte au droit de participation garantie dans le préambule de 1946 », dénonce leur défenseur, Me Fiodor Rilov. L’article 8 de ce texte prévoit que « tout travailleur participe, par l’intermédiaire de ses délégués, à la détermination, collective des conditions de travail ainsi qu’à la gestion de l’entreprise ». « Derrière ce principe de représentation, il y a un enjeu démocratique », analyse l’avocat.

Comment les salariés peuvent-ils négocier librement alors qu’ils sont en situation de subordination vis-à-vis de leur employeur ? Selon ce texte, ce sont les organisations représentatives qui leur permettent de s’extraire de cette situation le temps des négociations.

Les référendums d’entreprise visés

La deuxième QPC porte sur les « accords offensifs », qui porteraient atteinte à la liberté contractuelle. Ces accords collectifs, votés par les syndicats ou par référendum, permettent à l’employeur de modifier le contrat de travail (baisse de la rémunération, hausse du temps de travail, mobilité). « Ironie du texte, souligne Me Rilov, le salarié est en droit de refuser ces changements, mais ce refus est considéré comme un motif de licenciement. »

La lutte juridique, complément de la lutte sociale

Devant la presse, l’ancien avocat des Conti et des Goodyear prévient que ces deux articles paraissent « presque anecdotiques » face aux ordonnances Macron, nouveau dispositif de dérégulation du travail. Il prépare également un recours devant le Conseil d’État pour « excès de pouvoir » à l’encontre des ordonnances réformant le droit du travail. L’objectif est clair : le retrait de la loi travail et des ordonnances. « Avec ces textes, il sera plus facile de licencier collectivement en France qu’en Angleterre », s’alarme-t-il.

« Nous ne dissocions pas la lutte sociale de la lutte juridique, souligne Mickaël Wamen, de la CGT Goodyear. Il nous faut utiliser les mêmes outils que ceux qui nous tapent sur la gueule. » Mais, lui et les syndicalistes présents rappellent que « la première bataille à mener, c’est celle de la rue », évoquant la mobilisation du 12 septembre.

Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

Municipales : à Limoges, chronique d’une défaite
Reportage 25 mars 2026 abonné·es

Municipales : à Limoges, chronique d’une défaite

À Limoges, la victoire a, pour la troisième fois d’affilée, échappé à la gauche lors du scrutin municipal. Une déception d’autant plus forte qu’insoumis, socialistes, écologistes et communistes s’étaient décidés à partir main dans la main pour ce second tour.
Par Alix Garcia
Marine Tondelier : « Ce n’est pas parce qu’on a subi des revers électoraux qu’on va baisser les bras »
Entretien 24 mars 2026 abonné·es

Marine Tondelier : « Ce n’est pas parce qu’on a subi des revers électoraux qu’on va baisser les bras »

De la vague verte des municipales de 2020 il ne reste que l’écume. Le second tour des municipales a été une douche froide pour Les Écologistes avec la perte des plus grandes villes, sauf Lyon, et peu de conquêtes. La secrétaire nationale du parti confie sa déception et fustige les divisions de la gauche, sans remettre en cause l’idée d’une primaire de la gauche hors LFI pour 2027. 
Par Vanina Delmas et Lucas Sarafian
Municipales : le grand flou à gauche
Analyse 24 mars 2026 abonné·es

Municipales : le grand flou à gauche

Socialistes, Écologistes, insoumis et communistes ont souvent perdu, parfois gagné des villes. Et un an avant la présidentielle, la guerre des gauches reprend de plus belle.
Par Lucas Sarafian
À Bobigny, « on vote aussi par logique de survie sociale »
Récit 24 mars 2026 abonné·es

À Bobigny, « on vote aussi par logique de survie sociale »

Dans la ville de Seine-Saint-Denis, le maire sortant de gauche, Abdel Sadi, conserve son fauteuil face à une alliance centriste. Une victoire serrée et marquée par de fortes polarisations où la défiance des habitant·es et les divisions locales restent des enjeux majeurs pour l’avenir de la ville.
Par Kamélia Ouaïssa