Le franc CFA, dernière monnaie coloniale

Quatorze pays africains utilisent encore la devise créée par la France après-guerre, ce qui les maintient sous la tutelle de Paris et de la Banque centrale européenne, et freine leur développement.

À première vue, difficile de voir ce que la petite ville française de Chamalières a en commun avec Dakar, au Sénégal, et Yaoundé, au Cameroun. Pourtant, c’est dans cette commune auvergnate que sont imprimés les billets en franc CFA, utilisés à quelques milliers de kilomètres par les populations de 14 pays africains. CFA : trois lettres qui ont désigné des appellations différentes, mais qui caractérisent la même réalité depuis soixante-douze ans. Le 26 décembre 1945, jour où la France ratifie les accords de Bretton Woods, le gouvernement du général de Gaulle crée cette monnaie, qui porte alors le nom de « franc des Colonies françaises d’Afrique ». Après la décolonisation, elle devient « franc de la Communauté financière africaine » dans les huit États de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) et « franc de la Coopération financière en Afrique » dans ceux de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac). Aujourd’hui, du Gabon à la Guinée-Bissau en passant par le Tchad et le Niger, cette devise est remise en question. L’économiste et chercheur sénégalais Demba Moussa Dembélé, engagé au sein du mouvement altermondialiste, dénonce « un instrument de domination qui va à l’encontre du développement économique des pays africains. De fait, les mécanismes de la zone franc leur imposent des règles qui ne leur permettent pas de développer leur économie ». Sur les 14 États qui forment la zone franc, 11 étaient classés parmi les pays les moins avancés (PMA) par l’Organisation des Nations unies en 2015.

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