Dans les mailles de l’usine

Immergée dans une entreprise de textile, Charlotte Pouch propose un documentaire sobre et poignant sur une désindustrialisation sauvage.

Dans le ballet des techniciens, le roulis des machines d’une usine. Une caméra montée sur des rails, un écran de contrôle, une assistante maquillant un comédien, une perche au-dessus des personnages, et des ouvriers attelés à leur tâche. En 2014, Olivier Loustau avait choisi l’usine de textile Bel Maille, installée à Roanne (Loire), pour cadre de sa comédie sociale La Fille du patron. Dans le scénario, c’est une usine en difficulté, dont le boss se bat pour sauver les emplois.

Parallèlement au tournage, comme un jeu de miroir, Bel Maille se retrouvait confrontée à un redressement judiciaire. Le réel rattrapait la fiction quand Charlotte Pouch décidait de planter alors sa caméra sur les lieux. Non pas pour une création (le film dans le film) mais bien pour livrer l’histoire d’une usine plongée dans la mouise. Et de rester sur place, au milieu d’ouvriers, figurants pour la fiction et acteurs d’un réel conflit dans le documentaire. Des ouvriers très qualifiés, tricoteurs à l’infini, passionnés. Au milieu des bobines rouges, pourpres, bleues, des dégradés de jaune, d’ocre, des instruments de précision curieux, des mécaniques, de systèmes harnachés d’aiguilles, de kilomètres de fil, de vastes rouleaux de draperies, dans l’atelier des apprêts, la stabilisation des tissus. Soit un décor aux confins des machines et des couleurs franches, parfois acidulées, un décor musclé, physique, âpre au turbin, avec ses lumières, ses perspectives, ses symétries, peuplé de personnages masculins (d’où le titre du film, Des bobines et des hommes) – où les femmes n’ont qu’un rôle de secrétaire, mais n’en constituent pas moins la mémoire de la maison.

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