Un budget pour les riches ? On veut en savoir plus !

Bruno Le Maire, sourd à l’appel des parlementaires de gauche (PS compris) publié par Libération, exigeant de connaître le montant de la baisse de l’ISF pour les 100 Français les plus riches, défend les cadeaux fiscaux du gouvernement. Sans ciller.

Olivier Doubre  • 18 octobre 2017
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Un budget pour les riches ? On veut en savoir plus !
© photo : Philippe LOPEZ / AFP

N ous défendons l’allègement massif de la fiscalité du capital. […] Je le revendique haut et fort. » Cela a le mérite d’être clair. Reçu au Club de l’économie du Monde, Bruno Le Maire est resté droit dans ses bottes pour défendre les mesures contestées du projet de budget 2018. Il était en effet interrogé sur l’appel publié par Libération ce matin, signé par l’ensemble des députés et sénateurs PS, France insoumise, PCF et apparentés – auquel a également apposé sa signature le centriste « constructif » Jean-Christophe Lagarde – qui exige du gouvernement qu’il « rende public l’impact de ses mesures fiscales et budgétaires sur les contribuables les plus aisés et sur les 100 Français les plus riches ».

Le texte de cet appel publié en une du quotidien au losange justifie cette demande parce que _« c’est la condition de l’acceptation des Français vis-à-vis de l’impôt », mais aussi « parce qu’avant de voter, le Parlement doit être en mesure d’évaluer les conséquences d’un budget sur le niveau de vie de tous les citoyens ». Sans doute un critère pour tenter d’éclairer quelques-uns des députés LREM, encore un peu naïfs sur la logique générale de la politique fiscale de « leur » Président.

Or, si Bruno Le Maire en tant que locataire de Bercy ne doute de rien – il a, lors du même entretien, osé réitérer sa volonté de rouvrir deux « débats », en fait deux nouveaux cadeaux aux entreprises : le déplafonnement du crédit d’impôt recherche et celui des « allègements de charges » ! –, une bonne partie des demandes exprimées dans l’appel de Libé de ce matin, se trouve dans… Le Canard enchaîné ! Du moins sur les deux mesures fiscales phares du premier budget Macron : la transformation de l’impôt sur la fortune (ISF) en impôt sur la fortune immobilière (IFI), et l’instauration de la flat tax qui prévoit un taux uniforme – et très bas – d’imposition des revenus du capital.

Le Canard a eu vent de deux notes, classées « secret fiscal », émanant de la Direction de la législation fiscale (DLF), qui rendent compte d’une simulation de ces réductions d’impôts effectuées sur les plus grosses fortunes. Des notes qui, selon un fonctionnaire de la DLF interrogé par l’hebdomadaire, « auraient un effet déflagratoire sur l’opinion, si elles étaient rendues publiques ».

On savait en effet, puisque cela figure dans le projet budgétaire, que lesdites mesures allaient coûter au total 5 milliards d’euros. Mais on en connaît mieux le détail : la flat tax va frapper les revenus du capital (loyers, dividendes, plus-values, etc.) à hauteur de 30 % (dont 17,2 % de CSG), alors qu’ils pouvaient être taxés auparavant à plus de 60 %. La ponction pour les plus fortunés sera donc diminuée de moitié. Et en enlevant la CSG que tous les contribuables payent à taux égal, l’impôt ne sera plus que de… 12,8 %. Quand on sait que la première tranche de l’impôt sur le revenu demeure à 14 %, on comprend mieux les sourires de messieurs Gattaz ou Arnault, lorsqu’ils croisent Macron ou Le Maire !

Ce dernier, sous le feu des questions, a d’ailleurs dû répondre sur l’impact de la création de l’IFI à la place de l’ISF. Tout en prenant la précaution de refuser de « remettre en cause le secret fiscal », il a admis sans ciller que Bercy allait « rendre 400 millions d’euros aux 1 000 premiers contributeurs à l’ISF ». Vous avez dit « gouvernement des riches » ?

Économie
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