Catalogne : « Les régions riches n’ont plus besoin des régions pauvres »
Spécialiste des relations économiques entre territoires, Laurent Davezies explique les motivations des aspirations indépendantistes des régions riches en Europe. En particulier celles des Catalans.
dans l’hebdo N° 1476 Acheter ce numéro

L’économiste Laurent Davezies [1] analyse ici le rapport de forces entre Madrid et les indépendantistes catalans, notamment au regard de la question économique et de la solidarité entre régions espagnoles. Non sans s’interroger, au-delà du seul cas catalan, sur la question démocratique et les conditions nécessaires pour qu’une région puisse rompre avec un vieil État européen.
Les raisons économiques sont-elles, selon vous, déterminantes dans l’aspiration de certains Catalans à revendiquer l’indépendance de cette région parmi les plus riches d’Espagne ? Le fait d’une sorte d’« égoïsme territorial », phénomène auquel on assisterait par ailleurs en Europe ?
Laurent Davezies : On retrouve en effet peu ou prou la même chose avec l’Écosse, et ses ressources pétrolières, ou les régions riches du nord de l’Italie. J’ai parlé à ce propos d’une « idéologie de la calculette ». Or, si l’on regarde par le passé les mouvements indépendantistes, en particulier anticoloniaux, ils étaient d’abord dictés par la recherche de la liberté, pour soulever le joug de l’occupation et de l’oppression coloniales, mais en aucun cas ils avaient pour objectif d’être plus riches in fine. On n’a jamais dit ni même espéré que l’Algérie connaîtrait une opulence fulgurante plus