Dossier : "Islamo-gauchiste" : Un mot pour interdire le débat

Derrière l'affaire Ramadan, le vrai débat

D’insinuations en calomnies, le mauvais procès intenté à des « islamo-gauchistes » vise surtout à imposer un « choc des civilisations » dans la société française.

En quelques jours, ce qu’il est convenu d’appeler l’affaire Ramadan a pris une tournure très inquiétante. D’un côté, des menaces de mort proférées sur les réseaux sociaux à l’encontre de l’équipe de Charlie Hebdo, assorties d’un délire complotiste antisémite ; de l’autre, une campagne de calomnies visant ceux que l’hebdomadaire Marianne a qualifiés de « complices » de l’islamologue, dont Politis. Le tout ponctué d’une couverture de Charlie d’un goût douteux, insinuant qu’Edwy Plenel « savait » – mais savait quoi ? – et se taisait [1]. Nous ne mettons évidemment pas sur le même plan les menaces de mort et les calomnies, fussent-elles insupportables. Et notre premier réflexe ici est d’exprimer notre solidarité aux journalistes de Charlie. Ce climat délétère devrait faire obligation à tous de veiller à contenir le débat dans le cadre normal d’une confrontation démocratique. Car ce débat n’est pas celui des turpitudes sexuelles de Tariq Ramadan, mais celui de stratégies qui s’opposent sur la question du rapport à l’islam et à l’islamisme. Il devrait requérir un minimum de sérénité. Nous en sommes loin lorsque Manuel Valls, Caroline Fourest et plusieurs médias s’emparent d’une affaire de viols pour tenter de discréditer ceux qui ne partagent pas leur analyse. Notre propos n’est donc pas ici de revenir sur « l’affaire ». Les accusations d’agressions sexuelles portées contre l’islamologue par plusieurs femmes donnent lieu à des enquêtes, et la justice aura à se prononcer. Avoir participé à plusieurs reprises à des réunions publiques avec Ramadan ne me donne aucune « compétence » particulière sur le sujet, et je m’en félicite. Les faits relatés, s’ils sont avérés, m’inspirent en revanche un profond dégoût. Mais, puisque prétexte a été pris de cette affaire pour relancer le débat, le vrai, ne craignons pas d’y revenir. Comment le définir ? Si nous étions en Algérie à l’aube des années 1990, nous dirions qu’il oppose les « éradicateurs » aux « dialoguistes ». Ceux qui pensent qu’il faut « éradiquer » l’islamisme par la force ou, à tout le moins, par l’interdit, et ceux qui défendent l’idée d’un dialogue dans un cadre démocratique. Les premiers pensent qu’il n’y a pas de « cadre démocratique » possible avec les islamistes. Cela les place souvent du côté des dictatures arabes ou des militaires, en Égypte ou en Syrie. Cela au nom d’un « moindre mal ». Leur silence au moment du sanglant coup d’État du maréchal Sissi en fut l’illustration. Les autres, au contraire, pensent qu’il est possible d’amener l’islam politique dans le champ démocratique. C’était le point de vue défendu par Aït Ahmed lorsqu’en 1991 il a tenté de s’opposer à l’interruption du processus électoral par les militaires. Nul n’a alors songé à qualifier ce père de l’indépendance algérienne d’islamo-gauchiste.

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