Le bal des tartuffes

Polanski compare celles et ceux qu’offusque son encensement par la Cinémathèque française « aux nazis » des années 1930.

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Ce lundi soir, des manifestant(e)s révulsé(e) s par cette apologie étaient venu(e)s protester, devant la Cinémathèque française, contre l’hommage rendu, en sa présence, et sous haute surveillance policière, au réalisateur Roman Polanski – et rappeler qu’il est, quarante ans après avoir été une première fois condamné aux États-Unis, toujours sous le coup de plusieurs accusations de viol sur mineures.

Ce que constatant, l’intéressé a, comme le rapporte Le Figaro, « dénoncé », devant ses invité(e)s complices, les « zinzins » qui « voudraient détruire son œuvre ».

Dans la vraie vie, bien sûr, personne n’a jamais demandé que cette œuvre soit détruite : Polanski le sait parfaitement. Polanski sait parfaitement que ce ne sont pas ses films qui sont en cause dans le scandale de sa célébration par la Cinémathèque [1].

Mais cela ne l’a donc pas empêché, par un ahurissant renversement de la réalité, de se poser, lui, en victime et – ultime surcroît de dignité – de comparer celles et ceux qu’offusque son encensement « aux nazis » des années 1930.

Et curieusement : cela n’a aucunement heurté l’assemblée, triée, qui était venue l’écouter – et qui, selon Libération, lui a même fait, à la fin de cette intervention, une standing ovation.

Il y avait là, pourtant, quelques âmes sensibles – comme l’essayiste Pascal Bruckner, par exemple, qui, pris dans l’élan d’une fustigation hallucinée de l’écriture inclusive, déclarait une semaine plus tôt, sur France 5 – où l’on aime le convier : « Je vous ai apporté justement un exemple de ce qui se passe au Canada, au collège de Durham dans l’Ontario, où l’écriture inclusive concerne les catégories suivantes : LGGBDTTTIQQAAPP, c’est-à-dire lesbiennes, gay, genderqueers, bisexuels, demi-sexuels, transgenres… et ils ont oublié les onanistes, les fétichistes et les pédophiles, on ne voit pas pourquoi ils seraient exclus. »

Ce jour-là donc, ce raffiné publiciste avait, selon un procédé cher à la droite réactionnaire, très tranquillement amalgamé LGBT et pédophilie. Et il n’est pas douteux qu’il avait déjà reçu, alors, l’invitation qui allait lui permettre d’aller ensuite fêter le cinéaste qu’une artiste américaine – Marianne Barnard – vient d’accuser de l’avoir agressée sexuellement en 1975, lorsqu’elle avait 10 ans [2]. Mais après tout, que ne ferait-on pas pour décrocher ne serait-ce qu’un tout petit rôle dans Le Bal des tartuffes ?

[1] Dont la direction, décidément très sûre de son fait, a programmé pour le mois de janvier prochain un hommage au cinéaste Jean-Claude Brisseau, condamné en 2005 pour harcèlement sexuel.

[2] En 2016, la journaliste Léa Salamé avait tenté de poser quelques questions à Polanski sur ses « ennuis judiciaires ». Cela lui avait valu cette réponse : « Je sais que vous êtes très habile dans ce genre de trucs, mais ça va pas marcher avec moi – ou sinon je vais vous… Pulvériser ? » À laquelle l’intervieweuse sidérée avait à son tour répondu : « Ah oui… Comme d’autres… »


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