Johnny écrase l’info

La disparition de la star du rock vaut un déferlement médiatique, balayant toute autre actualité. Contre toute hiérarchie de l'information.

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Depuis hier, mercredi matin, c’est du pain béni pour les chaînes d’info en continu. Du Johnny Hallyday non stop. Toutes les caméras se sont déplacées à Marnes-la-Coquette. On interroge les voisins, les curieux, et surtout les fans. C’est bien simple, on dirait qu’il n’y a que des fans. On interroge aussi les disquaires et les clients. On a fait les comptes sur les ventes des albums de la star, on décline sa vie, son œuvre. A l’évidence, la nécrologie était déjà en boîte. On n’en finit plus des micro-trottoirs, « dans le cœur des Français ». Sur les plateaux, amis, experts et même son médecin cancérologue défilent, entre anecdotes, sanglots et (fausses confidences). Dans une certaine mesure, les chaînes d’info en continu sont dans leur rôle. On n’en attendait pas moins.

Sur le service public, c’est autre chose. Sur France 2, à 13 heures, Marie-Sophie Lacarrau ouvre naturellement son JT sur Johnny. Exceptionnellement, il va durer 1h16. Tout entier tourné sur la star. Il n’y aura pas d’autre info. Idem au JT de France 3 national à 19h30 présenté par Carole Gaessler. Tout le journal lui est pareillement consacré. Et exclusivement, pendant 28 minutes, avec presque les mêmes images que celles diffusées par France 2.

Au 20 heures d’Anne-Sophie Lapix, sur France 2, il faut attendre la 50e minute du JT pour avoir une info de 1 minute et trente seconde sur la décision de Donald Trump de faire de Jérusalem la capitale israélienne. Sitôt après, le JT se boucle par une dernière chanson de l’icône.

Ce jeudi 7 décembre, « comment dire adieu à la légende ? », lance Marie-Sophie Lacarrau en ouverture de son 13 heures, sur France 2. Sur 39 minutes de journal télévisé, ce sont encore les 10 premières minutes qui sont consacrées à Johnny, avant de passer à Jérusalem au seuil de l’embrasement (4 minutes), puis au Qatar, acquéreur de rafales (2 minutes), aux incendies en Californie (1 minutes et quelques dizaines de secondes), aux Catalans à Bruxelles (à peine plus d’une minute). Avant de revenir à Johnny bien sûr, pendant 12 minutes encore. L’hommage des stars des années 1980, deux concerts en Corrèze, différentes archives, etc., etc. On saura tout sur la dépouille de Johnny, sur les funérailles. Sempiternel micro-trottoir. A l’unanimité, il mérite une descente des Champs-Elysées et un hommage national. Ça vaut bien Victor Hugo, nous explique-t-on : « Tout le monde en a envie. » Vraiment tout le monde ?


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