Alstom : les syndicats haussent le ton contre le « mariage forcé » avec Siemens

L’intersyndicale, inquiète pour l’emploi et la stratégie de l’entreprise française, critique vertement le projet de « filialisation dans Siemens ».

Olivier Doubre  • 31 janvier 2018
Partager :
Alstom : les syndicats haussent le ton contre le « mariage forcé » avec Siemens
© photo : SAMUEL BOIVIN / CROWDSPARK

On sait ce qu’il faut penser des « promesses » des dirigeants ou actionnaires de multinationales lors de privatisations ou de fusions-acquisitions. Sans revenir sur l’affirmation péremptoire de Nicolas Sarkozy assurant que GDF ne serait « jamais privatisé » alors qu’il devenait quelque temps après GDF-Suez, on se souvient de la « promesse » de l’américain General Electric, lors du rachat en 2015 – avec la bénédiction du ministre de l’Économie, un certain Emmanuel Macron à l’époque – de la branche énergie d’Alstom, non seulement de ne procéder à aucune suppression d’emplois mais même d’en créer 1 000 en France d’ici à 2018 ! On apprenait ainsi à l’automne dernier que l’usine Alstom de Grenoble, qui fabrique notamment des turbines hydrauliques et d’autres composants pour nos vaillantes centrales nucléaires, allait subir une suppression de 345 postes, décidée par General Electric.

À lire aussi >> General Electric : Un fiasco industriel

Depuis, le président Macron a contribué à la « fusion » du reste d’Alstom avec l’allemand Siemens, opération qui in fine lui donnera le contrôle complet du fleuron industriel français, en particulier en matière de construction ferroviaire (nos TGV). Mais, sans doute échaudés par les fâcheux précédents suscités, les syndicats d’Alstom semblent de moins en moins enclins à approuver ce qui constitue un véritable mariage forcé. Déjà, à la mi-janvier, ils avaient tous refusé de voter sur ce projet qui doit se conclure en juillet prochain. Mais, cette fois, l’intersyndicale – composée de la CFDT, la CGT, FO et la CFE-CGC – hausse le ton et a pris position officiellement, dans un tract distribué à tous les salariés du groupe, contre « le projet de filialisation d’Alstom dans Siemens », qui pour ces organisations « est uniquement politique et financier, sans aucune stratégie industrielle ». Les organisations syndicales reprennent là le contenu d’un rapport d’expertise indépendante, qui concluait déjà en début d’année qu’il n’y a « aucune urgence à fusionner puisqu’Alstom est financièrement très solide avec des perspectives excellentes ».

À lire aussi >> Alstom-Siemens : un risque pour l’emploi et la souveraineté industrielle

Surtout, les syndicats ne cachent pas leur inquiétude et se mettent à espérer que cette drôle de « fusion » soit repoussée. En effet, alors que la direction de Siemens espère réaliser environ « 470 millions d’économies annuelles après restructuration », elle refuse toujours « toute communication relative à la stratégie industrielle envisagée au motif que, jusqu’à la réalisation de l’opération, les deux groupes restent concurrents ». Drôle de façon de s’engager dans une future « union » ! Enfin, le comité de groupe, qui devait se réunir aujourd’hui mercredi 31 janvier, a été reporté au 8 février. Mais il ne saurait être exclu un nouveau report puisque l’intersyndicale observe que « de nombreux désaccords “transpirent” entre les dirigeants d’Alstom et ceux de Siemens ». Et de noter le silence du côté du gouvernement sur le sujet. À suivre…

Travail Économie
Temps de lecture : 3 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

Budget : après l’échec du compromis, Lecornu s’en sort par la force
Budget 20 janvier 2026 abonné·es

Budget : après l’échec du compromis, Lecornu s’en sort par la force

Devant son incapacité à faire vivre sa méthode de gouvernement, le premier ministre renonce à son engagement sur le 49.3. Mais il devrait réussir à tenir et imposer son budget grâce à la fébrilité des socialistes et de la droite.
Par Lucas Sarafian
En Dordogne, un potentiel candidat aux municipales poursuivi pour emploi de travailleurs sans-papiers
Enquête 15 janvier 2026

En Dordogne, un potentiel candidat aux municipales poursuivi pour emploi de travailleurs sans-papiers

Cyrille Déchenoix, patron de Drop Intérim, fait campagne pour la mairie de Saint-Astier, en Dordogne. Pourtant cet ancien de l’UMP, déjà condamné deux fois pour prise illégale d’intérêt, est de nouveau visé par une procédure judiciaire. Cette fois, pour emploi de travailleurs sans papiers.
Par Pierre Jequier-Zalc
Sepur, géant de la collecte des déchets, devant la justice pour « complicité » d’emploi de sans-papiers
Enquête 14 janvier 2026 abonné·es

Sepur, géant de la collecte des déchets, devant la justice pour « complicité » d’emploi de sans-papiers

L’entreprise de collecte des déchets et deux entreprises d’intérim sont poursuivies pour « emploi d’un étranger non muni d’une autorisation de travail » et « complicité d’emploi d’un étranger non muni d’une autorisation de travail ». Deux chefs d’équipe de Sepur sont également poursuivis pour extorsion. Révélations.
Par Pierre Jequier-Zalc
Budget : les raisons du naufrage de Lecornu
Budget 14 janvier 2026 abonné·es

Budget : les raisons du naufrage de Lecornu

Incapable de trouver l’équilibre entre une gauche très modérée et une droite intransigeante, le premier ministre pourrait passer son budget en force. Il renierait son engagement, s’affaiblirait politiquement et risquerait la chute.
Par Lucas Sarafian