… De la police en démocratie

Le rapport du Défenseur des droits sur la doctrine du « maintien de l’ordre » mérite qu’on s’y arrête un instant.

Pouria Amirshahi  • 17 janvier 2018 abonné·es
… De la police en démocratie
© photo : NICOLAS TUCAT / AFP

Passé presque inaperçu, le rapport du Défenseur des droits sur la doctrine du « maintien de l’ordre au regard des règles de déontologie », remis le 10 janvier au président de l’Assemblée nationale, mérite qu’on s’y arrête un instant.

Il faut dire que, pour ce qui est de la police, l’ambivalence règne : héroïsée au nom de la lutte antiterroriste, elle est détestable quand elle brutalise, humilie, blesse, voire tue. Il était plus que temps d’ouvrir un débat public…

Dans une mutation sémantique qui dit beaucoup de notre époque, les « gardiens de la paix » sont depuis quelques années maintenant appelés les « forces de l’ordre ». En 1986, leur code de déontologie stipulait que « la police nationale concourt à la garantie des libertés individuelles » et « s’acquitte de sa mission dans le respect de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen ». Sous l’impulsion de Nicolas Sarkozy, puis de Manuel Valls, un nouveau code a supprimé cette référence aux libertés individuelles.

Jacques Toubon ne le dit pas, mais s’arrête sur ce que cette évolution – durcie encore par les lois sécuritaires de 2015 à 2017 – a entraîné. Au-delà du « professionnalisme reconnu des agents spécialisés en maintien de l’ordre », les auditions qu’il a effectuées (une quarantaine) et les cas dont il a été directement saisi dessinent un tableau inquiétant. Les tensions, accidents et violences de ces derniers temps ne peuvent être mis sur le dos des seuls « autonomes » et « casseurs » aux méthodes de vandales. On constate de graves carences dans le système de formation, des entorses manifestes par certaines unités aux principes de « retenue » et de « mise à distance », un surarmement qui fait de nos bleus de vrais Robocop, le recours à des techniques d’interpellation et, surtout, à des armes dangereuses.

À côté d’un « malaise policier » (nourri par l’instrumentalisation politique de la police et un épuisement des agents sur le terrain), se répand un « sentiment d’impunité à l’égard des manquements imputés aux forces de l’ordre ».

Les propositions du Défenseur des droits sont bienvenues : former, contrôler, désarmer (partiellement) et humaniser la police, à l’instar d’autres pays européens, si l’on en croit le rapport. Une utopie républicaine ? Voire… Car lorsque la police – aux pouvoirs désormais exorbitants en France – dévie, notre démocratie s’abîme.

Pour aller plus loin…

Face à l’extrême droite, un bloc syndical et citoyen déterminé
Mobilisation 11 juin 2024

Face à l’extrême droite, un bloc syndical et citoyen déterminé

Les organisations syndicales veulent poursuivre l’esprit unitaire de la bataille des retraites, conscientes, comme la société civile, que le combat ne fait que commencer jusqu’aux législatives.
Par Hugo Boursier
Kylian « Megalopolis » Mbappé
Sport 4 juin 2024 abonné·es

Kylian « Megalopolis » Mbappé

L’attaquant français rejoint logiquement le Real Madrid au terme d’un exercice de communication parfaitement maîtrisé. Le capitaine des Bleus est un des Français les plus médiatiques et influents aujourd’hui, ce qu’Emmanuel Macron a bien compris.
Par Nicolas Kssis-Martov
Narcotrafic : « La réponse très sécuritaire du gouvernement ne résout rien à long terme »
Entretien 31 mai 2024 abonné·es

Narcotrafic : « La réponse très sécuritaire du gouvernement ne résout rien à long terme »

Jérôme Durain, sénateur PS de Saône-et-Loire et président de la commission d’enquête sur l’impact du narcotrafic, revient sur les conclusions du rapport sénatorial et pointe l’écart entre la menace que représente le trafic et la réponse de la puissance publique.
Par Éléna Roney
Narcotrafic et corruption de « basse intensité » : un combat perdu d’avance ?
Stupéfiants 31 mai 2024 abonné·es

Narcotrafic et corruption de « basse intensité » : un combat perdu d’avance ?

La commission d’enquête sénatoriale sur l’impact du narcotrafic en France a rendu ses conclusions. Le rapport pointe la hausse du trafic et de la corruption qui en découle, liée en partie au manque de moyens alloués aux administrations qui les combattent.
Par Éléna Roney