Violences policières : les images de la honte

Un an après « l’affaire Théo », Europe 1 diffuse une nouvelle vidéo qui montre sans ambiguïté l’usage disproportionné de la force.

Vanina Delmas  • 30 janvier 2018
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Violences policières : les images de la honte
photo : Théo Luhaka. Crédit : JULIEN MATTIA / NURPHOTO

Le 2 février 2017, Théo, 22 ans, subit une violente interpellation, dans son quartier de la Rose-des-Vents, à Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis). Il est gravement blessé par la matraque télescopique d’un des policiers : son canal anal présente une plaie de dix centimètres de profondeur. Si ce terrible contrôle d’identité s’est transformé en « affaire Théo », c’est en partie grâce à l’existence d’une vidéo, empêchant de nier les faits, et les quatre policiers d’échapper totalement aux accusations. Le porteur du coup de matraque est mis en examen pour viol, et est toujours suspendu ; les trois autres pour violences volontaires. Ces derniers ont repris leur activité cet été, une décision choquante pour la famille de la victime.

Un an après les faits, l’instruction est toujours en cours mais les images enregistrées par les caméras de vidéosurveillance de la ville viennent d’être diffusées en exclusivité par Europe 1. Une pièce centrale pour l’enquête. En bons soldats, les forces de l’ordre s’en sont emparées pour défendre leurs collègues et pointer du doigt le fait qu’ils n’ont pas baissé le pantalon de Théo – ce que la victime affirmait. Éric Ciotti et Marine Le Pen, pour ne citer qu’eux, ont fait de même. Ces images montrent sans ambiguïté l’usage disproportionné de la force, laissent deviner la douleur insoutenable après le geste inhumain du policier puisque Théo s’effondre aussitôt sur le sol. L’intention de porter le coup de matraque fera désormais débat.

« Depuis un an, ma vie, c’est des rendez-vous chez l’avocat, à l’hôpital, des douleurs incessantes… », a confié Théo dans « Clique », l’émission de Mouloud Achour sur Canal +, le 21 janvier. Il raconte aussi son quotidien lorsqu’il rencontre les forces de l’ordre. « Je n’ai jamais eu une haine profonde de la police. Aujourd’hui, les policiers que je croise m’embêtent, me narguent », glisse-t-il. Il assure que certains le soutiennent aussi, sans pouvoir le clamer haut et fort car « ils ne peuvent pas se mouiller ».

Solidarité infaillible de la corporation, malgré les cas de violences policières pouvant ôter la vie. On pense à Adama Traoré, mort dans les locaux de la gendarmerie de Persan (Val-d’Oise) et beaucoup d’autres. Le 18 janvier dernier, Gaye Camara, 26 ans, décède des suites de ses blessures à Épinay-sur-Seine (Seine-Saint-Denis). Il semblerait qu’il tentait d’échapper à une patrouille de police qui soupçonnait le jeune homme et ses amis d’utiliser une voiture volée. Huit coups de feu ont été tirés. Un a touché le conducteur, Gaye, dans la tête. L’Inspection générale de la police nationale (IGPN) a été saisie pour éclaircir les circonstances des tirs policiers. Encore une famille, des amis, des voisins qui manifestent et réclament inlassablement « vérité et justice ».

Les échos
Temps de lecture : 2 minutes
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