Bure : une grosse claque pour Hulot

Une opération d’expulsion des opposants à la « poubelle » nucléaire de Cigéo a été lancée jeudi 22 février. Un échec pour le ministre de l’Écologie.

Patrick Piro  • 22 février 2018
Partager :
Bure : une grosse claque pour Hulot
© photo : JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN / AFP

Ce matin, au petit jour comme il se doit pour de telles opérations, 500 gendarmes ont fait irruption à Bure et dans le bois Lejuc pour déloger les opposants au projet de centre d’enfouissement de déchets radioactifs Cigéo.

À lire aussi >> Cigéo : les déchets nucléaires « sous le tapis »

Le ministre de l’Écologie Nicolas Hulot avait pourtant annoncé qu’on allait « réfléchir sans brutalité », un peu à la mode « Notre-Dame-des-Landes ». Résultat, le gouvernement a fait les deux : dialogue et violence. Car le jour même, Sébastien Lecornu, secrétaire d’État auprès de Hulot, se rendait à Bar-le-Duc pour rencontrer les parties prenantes au conflit !

Un militant, retranché dans la Maison de la résistance à Bure, point de ralliement des opposants assiégés par les gendarmes, explique par téléphone qu’il était prévu qu’ils rencontrent Lecornu le lendemain. « Je ne vois pas comment ça va être possible, c’est l’hypocrisie totale ! », commente-t-il, entre abasourdissement et dérision.

Certes, il existe un arrêté d’expulsion du bois depuis avril 2017, mais bien des circonstances interrogent la pertinence de l’intervention à ce moment-là. Car la trêve hivernale protège en théorie des expulsions. Et puis quelle urgence, puisqu’en période de nidification, l’Agence nationale de gestion des déchets radioactifs (Andra) ne pourra pas effectuer de travaux dans le bois, site visé pour des installations de ventilation de la « poubelle » nucléaire ? Par ailleurs, plusieurs procédures judiciaires sont encore en cours, concernant notamment la propriété du bois et l’autorisation de défricher.

On fait donc l’hypothèse d’un bras de fer gouvernemental : Hulot et son secrétaire d’État se sont fait marcher dessus par le revanchard de Notre-Dame-des-Landes, le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb, furieux de n’avoir pas pu casser du zadiste conjointement avec l’annonce de l’abandon du projet d’aéroport. Les oreilles du Premier ministre doivent siffler fort…

Écologie Politique
Temps de lecture : 2 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

À gauche, le casse-tête de la candidature
Gauche 13 mai 2026

À gauche, le casse-tête de la candidature

À gauche, la désignation présidentielle est devenue un piège autant qu’une nécessité. Derrière les appels à l’union persistent des fractures stratégiques et idéologiques. Tour d’horizon des options.
Par Pierre Jacquemain
Gauche : le piège du RN
Analyse 13 mai 2026 abonné·es

Gauche : le piège du RN

La possibilité d’une arrivée de l’extrême droite au pouvoir ne relève plus de la fiction politique. Face à une société fracturée, la gauche peine à retrouver un récit commun et une stratégie de conquête capables d’incarner une alternative majoritaire.
Par Pierre Jacquemain
2027 : la gauche et les écologistes en ordre dispersé
Analyse 13 mai 2026 abonné·es

2027 : la gauche et les écologistes en ordre dispersé

Fragmentée par ses contradictions sur l’immigration, les questions identitaires, l’écologie et l’international, la gauche française apparaît prisonnière d’un désordre qui dépasse largement ses querelles d’appareil. Elle peine à reconstruire un récit commun capable de répondre à la peur du déclassement comme aux défis démocratiques et climatiques.
Par Denis Sieffert
Bally Bagayoko : « La campagne présidentielle doit partir de Saint-Denis : c’est une évidence »
Entretien 13 mai 2026 abonné·es

Bally Bagayoko : « La campagne présidentielle doit partir de Saint-Denis : c’est une évidence »

Le maire de Saint-Denis, élu au premier tour des dernières municipales, figure montante de La France insoumise, revient sur les orientations qu’il souhaite donner à son mandat : répondre aux urgences quotidiennes et donner la priorité à la jeunesse. L’édile dyonisien place la mobilisation des quartiers populaires au cœur de la stratégie insoumise. 
Par Kamélia Ouaïssa et Alix Garcia