Législative partielle : François Ralle-Andreoli, le candidat qui fait l’unanimité à gauche

François Ralle-Andreoli fait une nouvelle fois appel aux suffrages des Français de l’étranger, dimanche prochain. Signe particulier : il est soutenu par tous les partis à gauche.

Pauline Graulle  • 2 avril 2018
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Législative partielle : François Ralle-Andreoli, le candidat qui fait l’unanimité à gauche
photo : au centre, François Ralle-Andreoli en 2015.
© GERARD JULIEN / AFP

Ces derniers temps, la gauche a repris la drôle d’habitude de marcher côte à côte. Dans les cortèges des manifestations, elle a soutenu, comme un seul homme, la SNCF contre la politique d’Emmanuel Macron. Il y a aussi des signaux faibles, moins visibles. Cette tribune, parue dans Libération, le 14 mars : des représentants du NPA, de la France insoumise, du PCF, de Lutte ouvrière, mais encore des intellectuels comme Frédéric Lordon et des porte-parole d’organisations de la société civile comme Attac ou la Fondation Copernic. Tous s’indignent sous une même plume de la validation, par la ministre du Travail, du licenciement d’un syndicaliste Sud-PTT, Gaël Quirante.

À un millier de kilomètres de là, un autre homme fait l’unanimité. Il s’appelle François Ralle-Andreoli, se présente à la législative partielle des Français de l’étranger, sur la circonscription qui va de l’Espagne au Portugal en passant par les îles Canaries. Et il a réussi l’impossible : mettre tout le monde d’accord. EELV, la France insoumise, les communistes et Génération.s seront derrière lui, dimanche 8 avril, pour le premier tour de la législative partielle. Un cas d’école. Mieux encore que François Ruffin ! En juin dernier, le député insoumis de la Somme avait certes obtenu l’adoubement de Jean-Luc Mélenchon, du PCF et des écolos. Mais il lui avait manqué celui des hamonistes, alors toujours au PS, qui lui avaient préféré la socialiste Pascale Boistard (seul un ancien député frondeur s’était « risqué » à le soutenir).

Même chose dans la circonscription de François Ralle-Andreoli et de sa binôme écologiste, Marion Delaporte, qui avaient échoué au second tour. Cette fois, ils verront le logo Génération.s s’ajouter à ceux de la France insoumise, de Nouvelle Donne, d’EELV et du PCF-Front de gauche sur leurs tracts. Et ils espèrent qu’ainsi la belle unité sera le petit coup de pouce qui leur permettra de l’emporter face à l’adversaire macronienne, largement victorieuse en juin, mais qui pourrait pâtir du contexte politique et social actuel. D’autant que, spécificité locale, les récentes hausses des frais de scolarité à l’étranger provoquent des remous sérieux chez les parents d’élèves.

« On n’a rien offert, ni promis »

Après le pataquès qui avait accompagné l’élection territoriale en Corse, en décembre, on croyait le PCF et la France insoumise irréconciliables. Il n’y a pas si longtemps, Benoît Hamon taclait encore Jean-Luc Mélenchon pour « sa stratégie solitaire » tandis que ce dernier réaffirmait ad libidum son refus des « tambouilles » et autres « soupes de logos ». Quels trésors d’inventivité François Ralle-Andreoli a-t-il donc déployé pour trouver les voies du rassemblement ?

Joint par Politis, l’intéressé réfute toute idée de « recette » ou de « formule ». Et, s’il est persuadé qu’« il existe un espace politique pour tous ces gens », il se montre passablement mal à l’aise avec l’idée de « rassemblement ». Un concept qui pourrait être mal interprété par une partie de la France insoumise. Alors, François Ralle-Andreoli, ancien membre de la direction du Parti de gauche et ex-conseiller de Jean-Luc Mélenchon sur les questions européennes, se veut sans ambiguïtés : « Je suis d’accord avec Jean-Luc Mélenchon pour dire que les accords d’appareil, ça ne peut plus fonctionner », estime-t-il, insistant sur le fait qu’à l’inverse des coalitions entre partis où les postes s’échangent et se marchandent, sa candidature est d’abord, et avant tout, 100 % citoyenne. « On a créé un mouvement, un collectif, ensuite ce sont les formations politiques qui ont décidé de nous soutenir. Nous, on n’a rien offert, ni promis. »

« Militance bariolée »

Sa botte secrète, à François Ralle-Andreoli, c’est le terrain. Il tient ça du mouvement des Indignés espagnols dont il a observé le déploiement avec toute l’attention du monde lors des mobilisations de 2011. Suivant les préceptes de Podemos, qu’il côtoie notamment via sa copine et muse en politique, Manuela Carmena, la maire de Madrid, il ne veut plus entendre parler du mot « gauche » : « J’ai appris ça en Espagne : la “gauche”, ça veut dire pour nous, les responsables politiques, mais ça ne veut plus rien dire pour les gens. » Celui qui veut renouveler la politique ne jure plus que par « la démocratie de la base » et « la militance bariolée ». S’il est élu, ce prof d’histoire-géo au lycée français de Madrid fera d’ailleurs voter ceux avec qui il milite au quotidien pour décider dans quel groupe il siégera à l’Assemblée nationale. Sans nul doute, ses électeurs pencheront pour le groupe de la France insoumise – et François Ralle-Andreoli ne boudera pas son plaisir de s’asseoir aux côtés de François Ruffin…

Ces derniers jours, François Ralle-Andreoli a reçu la visite de Sergio Coronado, représentant d’EELV. Charlotte Girard, proche de Mélenchon, a elle aussi fait le détour par la capitale espagnole. Cette semaine, Benoît Hamon est attendu de pied ferme. Pour l’instant, la photo est belle. Mais les ennuis pourraient commencer à l’arrivée au palais Bourbon. Sur l’Union européenne, le candidat soutenu par la France insoumise, papa de deux enfants binationaux, ne semble pas tout à fait sur la même longueur d’onde que Jean-Luc Mélenchon et son « plan B ». De même, sur la question écolo, l’antinucléaire convaincu n’est pas exactement sur la ligne communiste.

En attendant, lui préfère voir ce sur quoi tout le monde s’accorde. Et d’abord, le refus des politiques d’austérité qui ont sévèrement touché l’Espagne et le Portugal, « deux pays abandonnés par Hollande et Merkel ». Si l’Espagne est l’un des creusets du renouveau de la gauche européenne, celui de la gauche française passera-t-elle par là ?

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