Geneviève Azam : « Il ne faut pas séparer la pensée et l’action »

L’urgence climatique et le besoin de rompre les « effets de sidération » doivent pousser les altermondialistes à repenser leur discours et leur mode d’action, estime Geneviève Azam.

Geneviève Azam, qui fut porte-parole d’Attac, reste une voix forte du mouvement altermondialiste, artisane infatigable de l’imbrication des revendications écologiques, sociales et économiques.

Quels sont les défis actuels pour Attac et le mouvement altermondialiste ?

Geneviève Azam : Nous faisons face à des défis souvent impensés, à la fois économiques, écologiques et sociaux. Notre urgence est donc d’arriver non pas à faire « converger » nos luttes comme une somme de mouvements fractionnés, mais de penser dans un même mouvement la possibilité d’un effondrement économique et financier, et d’un effondrement écologique et démocratique. À ne pas le faire, la complexité et la complémentarité des questions posées nous échappent. C’est un défi fondamental, qui passe par un renouvellement de notre récit, de nos récits. Le récit d’émancipation du XIXe siècle n’est pas à rejeter, mais il ne peut plus, seul, rendre compte de ce qui nous arrive et permettre un sursaut de conscience et de sensibilité.

La financiarisation de la société et l’accélération insensée du pillage de la Terre vont de pair. L’épuisement du modèle capitaliste et productiviste signe la fin de la croyance en la possibilité d’un « capitalisme à visage humain » tel que le voulait la social-démocratie, d’une réconciliation des lois de l’économie avec l’écologie, du « développement durable », d’une éthique des affaires. Tout cela vole en éclats particulièrement depuis les années 2000. D’où un durcissement de la situation dans tous les domaines de la vie en société.

Les classes dirigeantes sont désormais dans une posture de déni et de fuite en avant, voire de sécession. Elles semblent vivre hors sol, hors du monde commun, dans une bulle qu’il s’agit de protéger à n’importe quel prix. Cela se traduit par une brutalité sociale, politique, voire policière et militaire, redoublée depuis une vingtaine d’années.

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Quelle méthode propose Attac face à ce constat ?

Depuis sa création, Attac est une association d’éducation populaire tournée vers l’action. Ce n’est pas une université bis où l’on viendrait se cultiver ou rafraîchir ses connaissances. Il s’agit de trouver des armes pour penser et agir. Du fait de la complexité des événements et des défis que nous avons à affronter, le partage d’un désir commun de comprendre, de confronter, de penser et d’agir est au cœur de notre histoire et de notre évolution. Depuis une trentaine d’années, avec l’émergence du mouvement altermondialiste sous toutes ses formes, une véritable expertise citoyenne, capable de déconstruire et de démystifier les dogmes qui se présentent comme la vérité du monde, s’est déployée. Le dogme néolibéral n’est pas seulement un dogme économique, il embrasse l’ensemble de la vie en société et postule une privatisation de tout ce qui peut être privatisé.

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C’est donc sur le terrain idéologique que doit selon vous se mener le combat ?

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