La grande braderie des biens publics

Les privatisations annoncées dans la loi Pacte manifestent la volonté du gouvernement de limiter le rôle économique de l’État au minimum. Et d’étendre l’emprise du marché.

Les privatisations sont de retour. Que ce soit pour des motifs budgétaires, satisfaire aux exigences de Bruxelles, ou redéfinir les contours de l’État, le gouvernement d’Emmanuel Macron conduit par Édouard Philippe est bien décidé à céder à des intérêts privés une part importante du patrimoine public et des services publics. Ceux de l’État sur lequel il a la main. Mais aussi ceux que gèrent, directement ou indirectement, les collectivités locales, quitte à les y contraindre. Car il existe plusieurs moyens de diminuer le périmètre de la puissance publique, sur lequel les citoyens peuvent agir via leurs élus, pour étendre celui du marché, qui ne connaît que le choix des consommateurs.

Le principal consiste à vendre des entreprises publiques ou les actifs que l’État détient à travers l’Agence des participations de l’État (APE), BPI France et la Caisse des dépôts et des consignations (CDC) dans des sociétés cotées. C’est le choix du gouvernement claironné par Bruno Le Maire depuis l’été dernier. En application du programme d’Emmanuel Macron, assure-t-il. Pas tout à fait ! Candidat, ce dernier disait vouloir doter le Fonds pour l’industrie et l’innovation, qu’il projetait de créer, « de 10 milliards d’euros issus des actions d’entreprises possédées de manière minoritaire par l’État ». Or ce n’est pas le cas dans deux des trois sociétés visées dans le projet de loi Pacte (« plan d’action pour la croissance et la transformation des entreprises ») présenté en conseil des ministres le 18 juin. Cette loi doit lever les contraintes légales qui obligeaient l’État à détenir la majorité des parts d’Aéroport de Paris (ADP), le tiers de celles d’Engie (ex-GDF-Suez) et la quasi-totalité de celle de la Française des jeux (FDJ).

Ces trois cessions pourraient toutefois être suivies de beaucoup d’autres, qui ne nécessiteront pas de passer par la loi, et inaugurer le plus grand plan de privatisation depuis le gouvernement de Lionel Jospin ; 31 milliards d’actifs avaient été cédés au tournant des années 2000. Pour limiter le rôle économique de l’État au minimum, comme le souhaite le Président, Bercy envisage en effet de ne maintenir sa participation que « dans les secteurs stratégiques comme la défense et le nucléaire civil, dans les grandes entreprises de service public national (SNCF, La Poste, RATP…) et dans les entreprises qui présentent un risque systémique », selon Les Échos.

L’agence des participations de l’État va ainsi céder une partie des 100 milliards d’euros d’actifs qu’elle possède dans 81 sociétés publiques ou partiellement publiques, dont notamment Peugeot, Renault, Air France et Orange. Comme elle l’a déjà fait entre 2016 et juin 2017 en vendant des parts des aéroports de Nice et de Lyon, de Safran, d’Engie, de PSA (pour un total de 5,3 milliards d’euros d’actifs) et, depuis l’élection de Macron, en cédant des titres d’Engie et Renault (pour 1,6 milliards d’euros). Ce vaste mouvement devrait s’intensifier avec la vente d’infrastructures comme les ports (Marseille, Fos, Le Havre, Saint-Nazaire, La Rochelle, etc.) ou les aéroports de Bordeaux, de Montpellier ou encore de Strasbourg.

La justification économique de ces ventes reste toutefois fragile. S’il s’agit d’abord d’alimenter à hauteur de 10 milliards d’euros le Fonds pour l’innovation et l’industrie, l’argent récupéré sera placé sur les marchés financiers et seul son rendement, évalué entre 200 et 300 millions par an, ira à l’innovation. C’est à peu près ce que rapportent chaque année en dividendes les seules participations dans ADP et la FDJ.

Il reste 73% de l'article à lire.

   Pour lire la suite de cet article, identifiez-vous ou créez un compte :

Article réservé

Pour lire cet article :

Je choisis un pack
Achetez un pack de crédits
pour accéder à cet article.
Consultez nos offres d’abonnement,
à partir de 8€/mois.
Déjà abonné(e) ?
Identifiez-vous.

Vous pouvez aussi acheter le journal contenant cet article ici

Haut de page

Voir aussi

Articles récents