Dossier : L'héritage toxique : Enquête sur la dépollution industrielle

Metaleurop, un passé empoisonné

L’État a été négligent dans le suivi du site de métallurgie ultra-polluant, dans le bassin minier du Pas‑de‑Calais. Un cas d’école et une lutte sans relâche des riverains. Reportage.

Sa haute cheminée ne trouble plus le paysage et ne recrache plus de fumée âcre. Et sa tour cubique ne fabrique plus de billes de grenaille de plomb de chasse. Les deux emblèmes de la fonderie Metaleurop-Nord ont disparu en 2006 lors des travaux de réhabilitation du site, fermé trois ans plus tôt. Seul le terril reste visible. Si la partie émergée de l’usine n’existe plus, une autre plus pernicieuse perdure sous les pieds des habitants. Le sol de Metaleurop et de ses environs renferme toute l’histoire du bassin minier : des obus de la guerre aux produits chimiques de l’ère industrielle. La négligence des services de l’État face à cette pollution historique et titanesque pourrait les conduire devant le tribunal administratif en cas de refus de faire leur mea culpa et d’indemniser les habitants contaminés.

Les hauts fourneaux de Metaleurop ont commencé à chauffer en 1894 à Noyelles-Godault et à Courcelles-lès-Lens (Pas-de-Calais), et sont devenus les garants de l’indépendance française en métal. La fonderie produisait chaque année 130 000 tonnes de plomb et 100 000 tonnes de zinc, et 830 salariés ont été laissés sur le carreau lors de l’annonce de la fermeture en 2003, annoncée par un simple communiqué. Le « patron voyou » dénoncé par Jacques Chirac, c’était celui de Metaleurop.

Cette dépendance économique a créé une omerta profonde, voire un déni, s’agissant de la pollution des sols. « Pourtant, les cheminées fumaient à longueur d’année, la poussière de plomb était partout, et cela a créé une pollution sur plus de 200 hectares aux alentours », glisse Bruno Adolphi, les yeux rivés sur le ballet incessant des camions sur l’écopôle remplaçant la fonderie. Depuis qu’il est à la retraite, cet habitant d’Évin-Malmaison, commune jouxtant Metaleurop, consacre tout son temps à dénicher des preuves de la responsabilité de l’État dans cette pollution. Jardinier à ses heures, il accepte que les chercheurs de l’Institut supérieur d’agriculture (ISA) analysent sa terre, mais ne reçoit jamais les résultats. « Comme j’insistais, on m’a conseillé d’éviter de cultiver certains légumes tels que les carottes, les navets et les poireaux, car ils accumulent plus facilement les métaux. » Il décide d’enquêter et de passer à l’action en créant en 2014 l’association Pige (Pour l’intérêt général des Évinois).

Quelques années auparavant, des campagnes de dépistage de plombémie ont été menées chez les enfants : la première révélait que 13 % des sujets analysés avaient une plombémie supérieure à 100 µg/l, et jusqu’à 17 % souffraient de saturnisme à Évin-Malmaison. L’année dernière, l’agence régionale de santé (ARS) a mené une étude sur les effets du cadmium sur les plus de 40 ans. Cette substance, attestée comme cancérogène certaine pour l’homme par le Centre international de recherche sur le cancer (Circ), notamment pour les poumons, peut fragiliser les os et les reins. La directrice de la santé environnementale de l’agence a conclu qu’« il n’y a pas de surimprégnation par rapport à la moyenne de la population générale du Nord-Pas-de-Calais »… mais déconseille de consommer certains légumes cultivés dans les potagers. Cette étude n’a toujours pas été présentée publiquement.

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