« BlacKkKlansman », de Spike Lee : Blancs, moches et méchants

Spike Lee joue sur l’inversion du regard en infiltrant un flic noir débutant dans une cellule du Ku Klux Klan. Une farce chargée de sens.

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Difficile de savoir quel est le plus grand ressort comique du film : la doublure blanche d’un flic noir qui s’entraîne à « parler comme un Noir » avec un Noir qui « parle tous les niveaux d’anglais » comme un Blanc WASP ; le flic noir lui-même, qui devient le confident téléphonique du nabot qui pilote le Ku Klux Klan à l’échelle nationale (David Duke de son vrai nom) en lui faisant dire des insanités racistes comme s’il le piégeait pour la caméra (cachée) ; ou la mise en scène d’un affrontement entre des Blancs bêtes, moches et méchants et des Noirs surdiplômés, beaux, riches et lookés comme des mannequins de l’International Black Beauty des seventies. « Nous sommes beaux. Nous avons la peau noire et les cheveux crépus. Nous sommes beaux », psalmodient-ils lors d’une conférence donnée par un des leaders du mouvement noir, où le flic noir est dépêché pour enquêter sur la radicalisation étudiante.

Assez politisé pour décider d’être le premier Noir de la police locale, mais peu au fait du discours type Black Panthers, Ron Stallworth ne s’attendait pas à sortir de la séance galvanisé par le leader et la jolie responsable des étudiants, qui lui dira en découvrant sa profession : « Je ne couche pas avec l’ennemi. »

Sur la question de savoir comment Ron passe d’« undercover chez les étudiants noirs » à « infiltré au KKK », Spike Lee ne s’encombre pas de détails. Il multiplie les pirouettes dans cette farce politique à triple fond sur la renaissance, les origines et l’avenir du KKK – avec les événements de Charlottesville, le mouvement Black Lives Matter et le renouveau de l’homme blanc dans l’Amérique de 2018 en ligne de mire.

Comique de situation et inversion du regard

Quand le cinéaste introduit son flic noir dans une réunion du KKK avec une paire de lunettes de soleil pour toute protection, il faut voir ce dernier saisir deux suprématistes par les épaules pour mesurer leur dégoût et sa jubilation vengeresse. Sauf qu’au même moment un grand-papa noir raconte à une communauté écœurée comment il a assisté, enfant, au lynchage d’un simplet.

Spike Lee utilise des procédés vieux comme le théâtre : comique de situation et inversion du regard. Alignant les champs-contrechamps, les split screens (écrans divisés) et les effets de rapprochement au montage, il s’amuse mais sans jamais faire sortir le drame du cadre : un passage à tabac dans une cave, des silhouettes de petits nègres dans un champ de tir, une bombe sous une voiture… On rit, mais on n’oublie pas.

Spike Lee ne recherche pas l’analyse fine. Les Blancs non racistes, tels le chef de la police et les deux coéquipiers de Stallworth, sont simplement plus évolués que les autres, protégeant le cinéaste des soupçons de « racisme à l’envers ». La farce est chargée : un ralenti « émotion » dans le champ de tir, un épilogue « tombée des masques » pour se faire plaisir, un drapeau américain en noir et blanc. Mais la charge porte. Et si les Noirs l’emportent, c’est pour marquer l’histoire d’une pierre blanche et changer les regards en rappelant que rien n’est gagné puisque l’inimaginable, Trump succédant à Obama, s’est produit.

BlacKkKlansman, Spike Lee, 2 h 15. En salle le 22 août.


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