« I don’t care », ou le mépris de l’autre

Le message sur la veste de Melania Trump n’est pas un dérapage, mais le cœur d’une idéologie.

La veste exhibée par Melania Trump visitant des enfants de migrants encagés a fait sensation et a suscité des explications allant de la gaffe à des choix douteux de communication : « I really don’t care, do u ? » (« Je m’en fous vraiment, et vous ? »)

Une telle indignation consensuelle masque un fait brutal : le refus du soin (care) n’est pas un dérapage, il est le cœur d’une idéologie inspirée de la vision néolibérale, fondée sur la dissociation et l’isolement, écrit la féministe et altermondialiste américaine Rebecca Solnit (1). Le « je m’en fous » est une autre manière de dire que la société n’existe pas, que chacun est autoentrepreneur et responsable de sa personne, que les liens sont des obstacles à l’épanouissement et à l’efficacité.

Il a fallu plusieurs décennies pour arriver à une telle désinhibition et faire du refus de l’attention à une commune humanité une politique étatique assumée, affichée sur une veste comme un acquiescement satisfait au No future et un retournement de l’alerte punk. À cette occasion, les certitudes viriles et patriarcales, entamées par le mouvement #MeToo, reprennent du service. Le refus de l’attention traduit en effet une haine profonde de la vulnérabilité et un mépris des activités de soin, un rejet des valeurs exprimant le souci des humains et de la Terre, associées à la sensiblerie et à des comportements « efféminés ». Les propos privés des cafés du commerce sont exhibés sur la scène politique.

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