Dossier : Prisons surpeuplées, un mal français

Le coût social de l’enfermement

Problème récurrent et croissant, la surpopulation carcérale s’explique par toute une chaîne pénale. Malgré les attentes, la réforme annoncée ne permet pas d’espérer endiguer ce fléau.

Commençons par les chiffres : record battu. Et triste record. À un moment de l’année toujours source de tensions, la situation s’annonce dramatique. Selon les données publiées par l’administration pénitentiaire (AP), en juin, dans les 188 établissements pénitentiaires français, 70 408 personnes sont détenues pour 59 871 « places opérationnelles ». Soit 1,3 % de plus qu’en 2017 et une densité carcérale de 117,6 %. On s’y attendait depuis longtemps, c’est fait : depuis trois mois consécutifs, la barre symbolique des 70 000 est franchie. Cette surpopulation se concentre principalement dans les maisons d’arrêt, accueillant les personnes en attente de jugement (20 753 prévenus au 1er juin, soit 29,5 % de la population carcérale), et celles condamnées à de courtes peines.

Sur le site de l’administration pénitentiaire, on peut lire d’autres chiffres qui dessinent le paysage actuel : quatre établissements ou quartiers ont une densité supérieure ou égale à 200 %. Pour 43 autres, cette densité atteint 150 à 200 % d’occupation. Cinquante-six encore oscillent entre 120 et 150 %. Il est un autre chiffre officiel effrayant : le nombre de matelas au sol, en mai, s’élevait à 1 687. Ce n’est plus un paysage, mais un décor concentrationnaire. Tandis que les personnes condamnées non détenues (peines alternatives) ne sont que 12 174.

Si la surpopulation carcérale ne cesse de croître, l’AP, toujours sur son site, livre quelques explications : « Entre 2004 et 2016, le nombre de condamnations prononcées à l’encontre de personnes majeures pour délit a augmenté de 17 %. » Et si l’amende est devenue la peine la plus prononcée, « le volume d’emprisonnement ferme prononcé par les tribunaux et cours d’appel correctionnelles a augmenté de 32 % pour atteindre le volume record de 87 000 en 2016 ». Les peines se sont donc alourdies. Parallèlement, on observe que la France comptait 59 118 places en 2017 et qu’elle en possède 59 871 aujourd’hui. Soit 1,3 % de plus sur un an. On a encore augmenté le parc pénitentiaire… Pour rien, suivant l’adage sempiternel : plus on construit, plus on remplit.

Dans cet esprit, l’obligation d’encellulement individuel, inscrite dans la loi depuis 1875 et toujours repoussée depuis, reste un leurre. Une disposition pourtant fondamentale puisqu’il s’agit de garantir à chaque personne incarcérée le droit de disposer d’un espace où elle se trouve protégée d’autrui et peut préserver son intimité.

En 2005, date depuis laquelle les personnes écrouées non détenues sont comptabilisées à part (« placées sous surveillance électronique ou à l’extérieur sans hébergement », précise l’AP), il y avait 58 516 personnes physiquement incarcérées pour 50 094 places. Puis 67 075 en 2014 pour 57 516 places. Toujours plus de places, toujours plus de détenus.

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