Dossier : Prisons surpeuplées, un mal français

Les artisans surchargés de la réinsertion

Deux peines sur trois sont exécutées en milieu ouvert. À l’extérieur, ce sont les conseillers pénitentiaires d’insertion et de probation qui les encadrent. Reportage en Isère.

Quand elle passe la porte du couloir réservé au personnel du service pénitentiaire d’insertion et de probation (Spip) pour accéder à la salle d’accueil, Catherine (1) ne se doute pas de la surprise qui l’attend. La conseillère sait que le jeune homme qu’elle suit, en sursis de quatre mois avec mise à l’épreuve de deux ans pour vol et recel, s’est blessé au doigt à la fin du mois de juin – douze points de suture. Mais, cette fois-ci, il a une attelle à l’autre main. « Je buvais des bières dans la rue quand deux personnes m’ont agressé », explique-t-il, la voix lente, une fois installé dans la pièce dédiée aux entretiens.

« Il y a toujours des choses qui vous empêchent d’avancer, souligne calmement Catherine. Pourtant, vous avez un comportement volontaire. Mais l’alcool entraîne… » « Pas mal de freins », répond le trentenaire en levant les yeux vers elle. Ensemble, ils élaborent la liste des rendez-vous à suivre : CMU, déclaration d’impôts, changement d’adresse, récépissé à la préfecture… « Avec le juge d’application des peines, on aimerait mettre en place une obligation de soins, avance-t-elle, et ici, au Spip, on est en lien avec des bénévoles qui peuvent vous accompagner lors de vos entretiens. » L’homme acquiesce et devra revenir faire le point le 17 juillet.

Exerçant un métier méconnu, les conseillers pénitentiaires d’insertion et de probation (CPIP) peuvent évoluer en détention ou en milieu ouvert. Dans le premier cas, ils veillent sur les conditions de vie des personnes incarcérées et à leur sortie. Dans le second, ils accompagnent les personnes condamnées à des peines alternatives à la prison (sursis avec mise à l’épreuve, travail d’intérêt général) et celles qui bénéficient d’un aménagement (libération conditionnelle, semi-liberté, placement sous bracelet électronique). Cela passe par un suivi des obligations fixées par le juge d’application des peines, et de l’aide à la réinsertion. Des tâches essentielles face à un public très nombreux : sur les 252 000 personnes « placées sous main de justice (2) », 82 000 sont sous écrou (dont 70 000 incarcérées) et pas moins de 170 000 (67 %) effectuent des peines en milieu ouvert. Or, les salariés des Spip ne sont que 4 000 sur tout le territoire à devoir suivre ces parcours de vie.

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