BuyOrNot : le boycott a désormais son application

Le site i-boycott.org sort sa nouvelle application BuyOrNot présenté comme une « deuxième révolution ». À Lyon, Paris ou encore Montpellier, des présentations citoyennes étaient organisées pour ce lancement officiel.

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Boulevard Richard-Lenoir, Paris. Au marché Popincourt, c’est un produit bien spécial qui est présenté ce samedi 22 septembre dans l’après-midi. Des individus aux T-shirts bleus scannent des emballages devant des passants pour leur montrer l’utilité d'une application BuyOrNot, créée par la plateforme collaborative de campagnes de boycott i-boycott.org, active depuis 2015.

Benjamin, un emballage de portions fromagères à la main, explique les informations délivrées par l’application après avoir scanné le code-barres du produit avec son portable. L’impact sur la santé d’abord :

On est sur un D pour le Nutriscore [qui évalue la qualité du produit vis-à-vis de notre organisme, la note va de A à E]. L’indice Nova est à 4 sur une échelle de 4, ce qui veut dire que le produit est ultra-transformé, car l’indice évalue le taux de transformation. Et on compte 2 additifs.

Les additifs sont classés par ordre de dangerosité (sans danger ; douteux ; dangereux ; très dangereux ; à éviter) : « on va partir du principe que plus il y a d’additifs, plus c’est mauvais pour la santé. Moins il y en a, mieux c’est », prévient Benjamin.

Traquer les impacts sociétaux des entreprises

L’impact « sociétal » ensuite : « On voit que ce produit appartient à la multinationale Lactalis. On se rend compte qu’il y a déjà une campagne de boycott en cours contre cette multinationale. » Benjamin fait référence à une campagne créée sur le site i-boycott.org, qui compte 15 707 boycotteurs. En cliquant sur l’onglet de la campagne, on y trouve le texte de plaidoyer et les revendications exprimées. À l’utilisateur de l’application le choix de prendre part ou non à l’action collective (« boycott », contre la multinationale derrière le produit) ou individuelle (« buycott », contre le produit en lui-même).

C’est sur ce point que l’application BuyOrNot va plus loin que des applications comme Yuka, téléchargée plus d’un million de fois, mais qui se contente de donner des informations nutritionnelles. Achille, cogérant de l’antenne parisienne de i-boycott, le montre avec un jus d’orange en apparence innocent :

Il appartient à la Coca-Cola Company. Une campagne est menée contre, et sa problématique est celle du plastique et du pillage de l’eau dans certains pays.

En plus du texte de la campagne, il est également possible de consulter la liste d’alternatives au produit concerné, facilitant ainsi le « buycott ». « La première pour Coca-Cola par exemple, c’est boire de l’eau », s’amuse Achille. Plus de 90 alternatives sont proposées en tout. Elles le sont « par la communauté » et les premières à apparaître sont celles recueillant le plus de votes des boycotteurs. Autre possibilité sur la page de la campagne : consulter les réponses de l’entreprise. Aucune de la part de Coca-Cola pour le moment.

« Un vrai contre-pouvoir citoyen »

Mais i-boycott.org n’a pas attendu son application pour connaître des victoires via ses campagnes : « Celle contre Petit Navire sur la pêche en DCP (dispositif de concentration de poisson, qui abîme les fonds marins) en est une belle. Leur première réponse n’avait pas satisfait la communauté. La deuxième fut un engagement pris avec Greenpeace pour sortir de la pêche en DCP d’ici à 2020. » La campagne avait mobilisé plus de 18 000 personnes.

« Tout ce qu’on fait c’est partir de la base pour remonter le plus haut possible. Plus on sera à utiliser cette application, plus elle représentera un vrai contre-pouvoir citoyen pour influer sur les politiques des entreprises qui peuvent parfois avoir des dérives », s’enthousiasme Achille. « C’est pas vindicatif, c’est pour influer. On ne veut pas tuer le capitalisme, mais en quelque sorte le remodeler », précise-t-il.

L’application est habilitée à délivrer des informations sur les produits alimentaires seuls pour le moment. Près de 600 000 d’entre eux sont référencés, via la base de données Open Food Facts, « un projet citoyen participatif où chaque personne rajoute les données concernant un produit ». Seul bémol : la provenance des produits n’est pas indiquée. « Nous avons pris la peine de ne pas les afficher car il suffit qu’une des étapes de transformation comme l’étiquetage soit faite en France pour que la mention “fabriqué en France” soit apposée », se défend l’association face à un avis négatif d’un utilisateur.

L’application (gratuite) compte plus d’un millier de téléchargements pour le moment. Disponible sur Android, elle le sera sur iOS (pour les iPhone) dans une dizaine de jours maximum.

© Politis


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