Lobbys : La Macronie sous influence
Avec l’actuel président de la République et le gouvernement d’Édouard Philippe, la pénétration des intérêts privés au cœur du pouvoir atteint un niveau sans précédent.
dans l’hebdo N° 1517 Acheter ce numéro

L’automne est une saison particulièrement dense pour les lobbyistes. C’est là, à la faveur de l’examen de la loi de finances, qu’ils vendangent le fruit de l’entregent qu’ils ont longuement cultivé, qu’ils fourbissent leurs argumentaires et peaufinent les amendements prérédigés, pour faire passer, dans la discrétion de ces paquets budgétaires brumeux, les réformes dont rêvent leurs commanditaires.
L’examen du budget est aussi en train de devenir le moment d’une tradition nouvelle sous la Ve République : c’est là que sautent les ministres de l’Environnement. Delphine Batho avait été débarquée après avoir critiqué le « mauvais budget » arbitré par Jean-Marc Ayrault pour son second exercice (lire aussi ici). Au même moment du mandat suivant, Nicolas Hulot rend les armes après avoir perdu lui aussi trop d’« arbitrages »,_ s’avouant désarmé face à « la présence des lobbys dans les cercles du pouvoir ».
La pénétration des intérêts privés au cœur du pouvoir n’est évidemment pas une question nouvelle. Les gros bonnets de ce jeu d’influence sont bien connus : grandes banques, industriels et patrons du CAC 40 déploient un arsenal d’outils de « relations publiques » et vouent des budgets colossaux à la défense de leurs intérêts. Les ministères entretiennent avec les groupes d’intérêts une relation « constante, au plus haut niveau [pour la préparation des lois] », avec des procédures finalement « assez transparentes vis-à-vis de l’ensemble des organisations », décrit un fonctionnaire.
Le métier d’influenceur s’est aussi progressivement organisé. Com’Publics, Médiation & Arguments, Séance publique… Des dizaines d’officines du lobbying ont pignon sur rue et se livrent une concurrence féroce pour vendre leurs services à des chefs d’entreprise inquiets au sujet d’un projet de loi qui menace leurs parts de marché ou des associations en tous genres. Leurs méthodes sont éprouvées : cibler les parlementaires fainéants, prompts à copier-coller une proposition d’amendement sans même parfois en corriger les fautes d’orthographe ; organiser des petits-déjeuners, salons d’affaires ou conférences thématiques – dites « clubs parlementaires » – pour mettre un client en lien avec des décideurs ; pondre des argumentaires qui font mouche.