Thierry Illouz : Un avocat pour les défendre tous

Pénaliste, écrivain, auteur de chansons, Thierry Illouz publie une réflexion personnelle autour de la justice. Retour sur une vocation et un parcours marqués par le verbe.

D émontez-moi cette vieille échelle boiteuse des crimes et des peines, et refaites-la. Refaites votre pénalité, refaites vos codes, refaites vos prisons, refaites vos juges. » L’injonction est signée Victor Hugo. Elle tient le rôle d’exergue dans ce nouveau récit de Thierry Illouz. Surtout, elle donne le ton. Lui qui vit dans la hantise de la transgression, passant des nuits d’angoisse en songeant à ceux qu’on s’apprête à juger et au nom desquels il doit prendre la parole, est avocat pénaliste depuis une trentaine d’années. Trois décennies à défendre « même les monstres ». Ce qui donne le titre à ce texte. Et qui entend répondre à une question souvent posée dès lors qu’on défend un criminel, par l’opinion publique et les médias.

Le cadre se joue ici : dans la limite de la défense quand tombe « le monstre », désigné par le toutim ordinaire. Le monstre, c’est l’autre. Celui qu’on souligne, le réceptacle de ce qu’on rejette, et qu’on ne veut pas être. Or, « il ne s’agit jamais de quelqu’un retranché à l’humanité, prévient Thierry Illouz, débarrassé de sa robe d’avocat, à la terrasse d’un café, bien posément et convaincu. Je ne défends pas les monstres, ni un acte, mais un homme, c’est différent. La question est d’accéder à la réalité d’un acte, non pas de défendre un crime ». Dans son ouvrage, Thierry Illouz apporte un autre éclairage : « Défendre, c’est comprendre ce qui se trouve derrière les gestes, derrière les comportements. […] Comment toute la vie de quelqu’un prépare patiemment le moment terrible du passage à l’acte. Il faudrait du temps, du calme, et pas seulement ce bruit et cette fureur » qu’est une cour d’assises.

C’est l’un des intérêts de ce récit, époustouflante réflexion sur la justice, ou plutôt sur l’injustice de la justice. Réflexion toute personnelle, dans la conviction intime, au pur de l’épure, menée et aboutie au gré d’une longue expérience, au bout des confrontations. Loin de la gloriole et des affaires médiatiques, Thierry Illouz a connu les juges d’instruction, les tribunaux correctionnels, les juges des enfants et de l’application des peines, les prisons, « les lieux sans auréole, les lieux d’une délinquance de fond, de la répétition, de la pauvreté, de l’alcool et de la solitude ». Assez d’espaces clos, asphyxiants, « pleins de découragement, de honte, de racisme, de misère et de drogues », ce « flot continu et délétère » pour expulser maintenant ce cri pigmenté façon Munch.

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