17 octobre 1961, guerre d’Algérie : allons au bout de la reconnaissance

Stéphane Troussel, président PS du conseil départemental de Seine-Saint-Denis, plaide pour que la date du 17 octobre 1961 soit désormais centrale dans les manuels et dans les discours des officiels.

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Le 17 octobre 1961 était réprimée dans le sang une manifestation pacifique, sous les ordres du préfet de police Maurice Papon. Des dizaines d’hommes, de femmes et d’enfants « nord-africains » – comme on disait alors – ont été blessés et même assassinés. « La Seine était rouge », titre l’auteure Leïla Sebbar, qui revient dans son livre sur ces événements tragiques.

Ces événements ont donné lieu à des dizaines et des dizaines de victimes, dont la mort a été occultée pendant des années par des pouvoirs politiques successifs refusant de reconnaître les crimes commis au nom de la République et souillant celui-ci par là-même. Des dizaines et des dizaines de victimes, dont faisait partie Fatima Bedar, cette jeune femme dont le corps sans vie fut retrouvé dans le canal de Saint-Denis suite à la répression. C’est le visage de Fatima Bedar qui orne la fresque inaugurée le 17 octobre 2018 le long du canal, ce visage qui symbolise et ranime tous les visages des victimes inconnues dont les contours risqueraient de se perdre dans le brouillard du passé et de l’oubli.

Car la date du 17 octobre 1961 doit désormais être dans toutes les mémoires, dans les manuels, dans les discours des officiels. C’est en effet dans une démarche collective de reconnaissance des faits historiques et de la responsabilité de la République que nous devons toutes et tous nous engager. Non pas au nom d’une quelconque repentance, mais de la vérité historique.

Le département de la Seine-Saint-Denis, profondément marqué par la guerre d’Algérie et par ces événements qui ont à jamais meurtri son territoire, y prend toute sa part. La Seine-Saint-Denis est le premier département à avoir engagé un cycle de commémorations durables de la répression du 17 octobre 1961, avec des actions éducatives, pédagogiques et artistiques.

Journée nationale de commémoration

À la suite de ce que nous faisons au niveau départemental, mais aussi de ce qui est fait depuis des années par les communes, associations, établissements scolaires et institutions culturelles sur les territoires, l’État doit emboîter le pas. Le premier pas, historique, a été fait par François Hollande qui a reconnu en 2012 les « souffrances de la colonisation », avec notamment les massacres de Sétif, Guelma et Kherrata, ainsi que l’usage de la torture.

Le second pas a été fait par Emmanuel Macron concernant la reconnaissance de la responsabilité de l’État dans la mort de Maurice Audin, militant de la décolonisation assassiné par l’armée française.

Allons au bout de la démarche ! Faisons du 17 octobre, comme je le demande depuis des années, une journée nationale de commémoration en hommage aux victimes de la répression de cette manifestation pacifique. Parlons-en dans nos programmes scolaires, bien trop lapidaires concernant cet épisode qui fait partie de l’histoire française et que nous devons accepter comme tel.

Une anecdote apprise dans l’indispensable documentaire Histoires d’une nation frappe tout particulièrement. Celle d'un certain Smaïl, venu d’Algérie pour construire la France et qui vécut dans un bidonville de la banlieue parisienne. Cet homme qui participa ensuite à la construction du Stade de France. Un Stade de France où le 12 juillet 1998, son fils, un certain Zinedine Zidane, remporta la Coupe du Monde en faisant la fierté de tous les Français.

Si l’immigration est une richesse, elle est surtout indissociable de l’histoire française. En prendre pleinement la mesure passe aussi par la reconnaissance des événements, glorieux ou plus sombres, qui s’inscrivent dans notre mémoire collective. En France, c’est le cas du 17 octobre 1961, et nous en appelons à l’État pour le reconnaître – enfin – officiellement.


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