À Bobigny, les élus de Seine-Saint-Denis réclament « l'égalité républicaine »

De la France insoumise à LR, unis. Le tableau pourrait prêter à sourire si la situation n’était pas grave. Hier, les parlementaires de la Seine-Saint-Denis ont débattu à Bobigny pour réclamer l’égalité républicaine dans leur département.

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L ’égalité républicaine pour la Seine-Saint-Denis ». Le message flotte fièrement sur une bannière à l’entrée de la Bourse du travail de Bobigny. L’auditorium peine à se remplir, cependant la colère d’un département entier y siège. Les prises de parole se succèdent, de Clémentine Autain (France insoumise) à Jean-Christophe Lagarde (UDI). De droite comme de gauche, les élus du 93 ont débattu ce vendredi pour interpeller l’État sur la situation du territoire le plus pauvre de France métropolitaine.

© Politis

La semaine dernière, le Premier ministre les avait reçus à Matignon pour évoquer un rapport parlementaire. Publié en mai, le document codirigé par François Cornut-Gentille (LR) et Rodrigue Kokouendo (LREM) dresse un constat alarmant. Éducation, justice, sécurité. Dans ces trois domaines régaliens, l’État semble avoir déserté la Seine-Saint-Denis. Si les députés et sénateurs ont salué l’écoute d’Édouard Philippe, ils ont regretté l’absence de propositions concrètes du chef de l’exécutif.

Mais le rendez-vous à la « maison du peuple » de Bobigny, n’a pas tourné au procès contre la majorité présidentielle. « Nous ne voulons pas juger le gouvernement, nous sommes en début de mandature, souligne Stéphane Peu, député communiste. Nous jugeons ce qui s’est fait avant ! » Un message d’apaisement pour sa voisine de gauche, Sylvie Charrière, venue avec deux autres députés de la République en Marche.

« Voilà ce que ça veut dire, concrètement, que d’être abandonné »

Un témoignage a cristallisé la détresse du département. Valérie Grimaud, bâtonnière de l’Ordre des avocats du barreau de Saint-Denis, donne l’exemple du tribunal de Bobigny : « Dès sa construction en 1987, il était déjà trop petit pour les besoins de la population. » L’avocate continue sa plaidoirie : « Il y a deux ans en Seine-Saint-Denis, quand un couple se séparait et voulait fixer une pension alimentaire, il fallait attendre 14 mois pour obtenir une audience. À Paris, deux ou trois mois. » Malgré une amélioration, la situation stagne.

La bâtonnière avait déjà alerté la chancellerie sur la situation. « Vous savez ce qu’ils m’avaient répondu ? Que je devais arrêter de comparer notre situation à celle de Paris. » À ce moment, selon la femme de loi, le tribunal de Bobigny traitait le même nombre de dossier que le tribunal de Paris, avec deux fois moins de magistrats. Elle conclut, l'air grave : « Voilà, ce que ça veut dire, concrètement, que d’être abandonné. »

Quelles suites donner à cette mobilisation ? « Nous demandons que le rapport soit débattu en décembre dans l’hémicycle, avec les ministres de l’Éducation nationale, de la Justice et de l’Intérieur », réclame Stéphane Peu. D’autres n’ont pas voulu attendre l’hiver. Stéphane Troussel, président du conseil départemental, a annoncé vouloir attaquer l’État. Des élus locaux, dont Azzédine Taïbi, maire de Stains, entament également une autre procédure. Dans une tribune au vitriol, l'édile signe : « L’État se rend coupable de non-assistance à territoire en danger. » Si certains ont exprimé des doutes sur l’avenir de cette mobilisation, Clémentine Autain a déclaré, optimiste : « Il faut passer un cran au-dessus. Nous allons très vite nous revoir. »


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