Dans le laboratoire managérial de la SNCF

Concours de l’agent qui verbalise le plus, salle de pause réservée aux salariés méritants, diplôme du non-gréviste... La SNCF laisse libre cours à l’imagination de ses managers dans une zone du nord de Paris.

À vos terminaux de paiement électronique (TPE) », l’agent qui engrangera le plus grand nombre d’amendes recevra 250 euros de bons d’achat ! L’opération lancée pour les trois derniers mois de l’année © Politis auprès des agents SNCF de la région d’Asnières-sur-Seine affiche une franchise décomplexée : faire du chiffre et jouer sur la surenchère entre les agents pour récompenser le plus méritant. Nom de code : « Top Lafeur », en référence à la « LAF », la lutte anti-fraude. Le but est de faire le plus de « paiement comptant » (CC), directement par carte bancaire sur le quai de la gare, avec un « bonus » pour ceux qui enregistrent le plus d’amendes à 68 euros, sanctionnant les usagers qui fument en gare.

Selon nos informations, il est également promis aux agents, en guise d’intéressement, une prime équivalente à 10 % des amendes encaissées immédiatement, les fameux « CC », ou, bien moins intéressant, une prime de 0,90 euros lorsque l’usager ne peut payer immédiatement, ce qui contraint à dresser un PV. De quoi inciter les agents à faire du chiffre, même si ces primes tardent néanmoins à apparaître sur les fiches de paie des agents de gare reconvertis dans le contrôle de passagers. Ceux-là mêmes qui sont concernés par le « concours Top Lafeur ».

Contactée par Politis, la SNCF reconnaît l’authenticité du document, mais « ne soutient pas particulièrement cette initiative locale totalement indépendante de la direction ». Elle ne se désolidarise pas pour autant, rappelant que la lutte contre la fraude est une de ses priorités.

Elle a également reconnu l’authenticité d’une autre affichette placardée par les managers du centre d’Asnières, qui ne manquent décidément pas d’imagination. © PolitisLe bout de papier informait les cheminots que l’accès à la salle de pause du bâtiment était réservé aux salariés méritants, « à l’appréciation de l’équipe managériale ».

Pour se détendre, dans la petite salle comprenant notamment une bibliothèque garnie d’ouvrages sur le « lean management » et le « marketing relationnel », les agents devaient notamment avoir obtenu « une excellente note à l’enquête client mystère » ou s’être distingué pour avoir recueilli le plus grand nombre d’adresses email d’usagers, pour nourrir le fichier de la SNCF.

Cerise sur le gâteau, les représentants du personnel ont mis la main, en juin, sur un « diplôme » que le directeur des gares de la zone a remis aux salariés non grévistes pour louer leur « sens de l’engagement et du dévouement au service de nos clients ».

© Politis

La découverte de ces pratiques, sur un groupe Facebook de cheminots et dans la presse (1), n’a pas vraiment surpris les agents SNCF. Tant le centre d’Asnières est connu comme le laboratoire d’un tournant managérial particulièrement pimenté. Ces « innovations », en revanche, mettent en lumière un basculement qui préfigure une évolution structurelle de la SNCF. Et inquiète ses agents.

Le virage s’opère à compter de 2016 sur les lignes du Transilien. Une vaste réorganisation est décidée, face à un taux d’arrêts maladie important et aux signes de surmenage dont se plaignent beaucoup d’agents. Alors qu’à l’échelle du groupe la culture de la performance efface de plus en plus clairement l’esprit de service public.

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