En Catalogne, la rue s’impatiente

Un an après le référendum réprimé, les partisans de l’indépendance sont frustrés du blocage de la situation. Mais, face à Madrid, les leaders catalans sont divisés sur la stratégie.

N i oubli ni pardon. » Un an après leur référendum, plusieurs centaines de milliers d’indépendantistes catalans sont retournés exprimer colère et convictions dans les rues de Barcelone. Assis sur la place Sant Jaume devant le siège du gouvernement régional, Arnau se remémore son 1er octobre 2017. « Nous protégions les bureaux électoraux, nous voulions voter. Simplement voter. Mais ils sont arrivés, nous ont frappés et… » Sa voix se met à trembler. La création d’une république catalane, ce trentenaire barcelonais y croyait. Son « ils » désigne les membres de la Guardia Civil, la police espagnole, intervenus pour empêcher un scrutin jugé illégal par le Tribunal constitutionnel. Un millier de blessés ont été recensés. Les fines lunettes de soleil d’Arnau cachent des yeux embués de larmes. « Excusez-moi, je n’arrive pas à l’expliquer, reprend-il péniblement. C’est trop difficile. »

Ce jour-là, quelque chose a basculé. « Avant, des négociations se limitant au renforcement de l’autonomie de la Catalogne auraient pu être envisagées. Depuis le 1er octobre, ce n’est plus possible. Ce sera l’indépendance. Un cap a été franchi », explique l’entrepreneuse Sònia Galtié, membre de la gauche catalane. Les mois passent, la détermination semble intacte. Chaque semaine, des rassemblements de quelques centaines à quelques milliers de personnes se tiennent un peu partout en Catalogne. Ils étaient un million, le 11 septembre, à défiler pour la Diada (fête nationale) sous le slogan « Faisons la République ». Le 1er octobre, les manifestations se sont succédé toute la journée. Aux coups de midi, des dizaines de milliers d’étudiants étaient réunis place de l’Université, à Barcelone. Impressionné par l’affluence, un Français se réjouit : « Dans vingt ans ils seront toujours là, et ils feront de la politique. Madrid est dans la merde ! » Quelques heures plus tard, près de 200 000 personnes emboîtaient le pas aux étudiants.

« Indépendance », « Liberté pour les prisonniers politiques », « Les rues seront toujours à nous »: à chaque rassemblement, les mêmes slogans envahissent les rues. Depuis peu, est venu s’ajouter « A por ellos, oé » – que l’on pourrait traduire par « On va les avoir ». L’an dernier, ce cri était lancé par ceux qui voulaient inciter la Guardia Civil à intervenir contre le référendum. Le reprendre est « une manière de montrer avec ironie que nous n’oublions pas ! Et que nous n’avons pas peur », assure Alex, sourire complice aux lèvres, devant le QG barcelonais de la police. De prochains rassemblements sont déjà prévus, dans une séquence que la presse qualifie d’« automne brûlant ». Et où les défenseurs de l’unité de l’Espagne comptent également donner de la voix.

Brûlant, l’automne le sera aussi pour l’exécutif catalan. Dans la rue, l’impatience gronde contre les dirigeants. Neuf mois après l’élection d’un Parlement à majorité indépendantiste, les militants ne voient pas de changement. Le président de la Generalitat, Quim Torra, a beau appeler à entretenir « l’esprit du 1er octobre 2017 », ses envolées lyriques ne masquent plus l’absence de feuille de route. « Il est élu depuis quelques mois, et le cœur de son programme, l’indépendance, est refusé par l’État », le défend Felipe. « On nous demande de nous mobiliser, et après ? interroge Arnau. Nous voulons l’application des résultats de nos votes. » « Mais pacifiquement. Toujours pacifiquement ! » précise sa compagne, Laura. Le 1er octobre, des sifflets ont accompagné le discours de Torra devant les portes du Parlement catalan. « Le peuple décide, le gouvernement obéit », lui a rappelé une foule bruyante. Symbole de cet agacement : dans les cortèges se multiplient les pancartes demandant « désobéissance ou démission ».

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