Les militaires américains veulent lancer des insectes porteurs de virus

Des scientifiques alertent sur une nouvelle technologie agricole qui pourrait aussi être utilisée comme arme de guerre.

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La revue Science datée du 5 octobre a publié un article inquiétant commentant un projet du ministère américain de la Défense. Il fait état de recherches avancées concernant l’utilisation d’insectes pour propager des virus génétiquement modifiés destinés à lutter contre des maladies affectant des végétaux ou animaux. Les auteurs de cet avertissement appartiennent à l’université de Montpellier et à celle de Fribourg. Ils s’alarment de cette nouvelle technologie qui consisterait à relâcher dans la nature des virus portés par des pucerons, des mouches, des acariens, des moustiques et d’autres insectes faciles à reproduire en masse ; ils seraient disséminés par millions dans le nature pour « soigner » des maladies affectant des plantes, des arbres, des oiseaux ou des petits mammifères.

Ce programme lancé par l’Agence des projets innovants du ministère de la Défense des États-Unis (DARPA) vise à altérer les chromosomes et l’ADN des végétaux ou des animaux menacés par une ou plusieurs maladies et a été baptisé « Nos alliés les insectes ». L’objectif est d’aboutir à terme à l’élimination des semences enrobées ou génétiquement modifiées ainsi qu’à une diminution des traitements par tracteurs ou par avion. Certains de ces virus portés par les insectes auraient aussi pour fonction d’aider des céréales comme le blé, le maïs ou les tomates à résister au stress des sécheresses. Ce programme de recherche aurait déjà donné lieu à de premières expérimentations, d’abord en serre puis ensuite sur des champs sélectionnés et surveillés ; des fuites provenant des universités de l’Ohio et de Californie ont permis d‘apprendre que ce programme était sur le point d’aboutir. Il a été doté d’un premier budget de 45 millions de dollars qui devrait être prochainement doublé avec l’accord de l’administration de la Maison Blanche.

Destructions de récoltes

Les scientifiques qui contestent et craignent l’expérimentation et la généralisation de ce projet expliquent qu’ils ont de sérieux doutes sur son efficacité et surtout qu’ils craignent qu’il puisse un jour provoquer des dérapages échappant à tout contrôle. L’un des auteurs, Guy Reeves, affirme qu’il « est bien plus facile de développer une arme biologique que de mettre au point des techniques facilitant le travail des agriculteurs ».

Les scientifiques qui dénoncent ce projet en cours de réalisation pensent évidemment que ce n’est pas un hasard si ce programme a été confié aux militaires. Ils craignent que les insectes porteurs de virus puissent être utilisés comme une arme de guerre contre des pays ennemis. Car une fois la technologie stabilisée il est évident que les vecteurs ailés pourraient également disperser des maladies destinées à détruire des milliers d’hectares de récoltes ou bien de stériliser leurs semences après récolte. Bref, cette technologie pourrait facilement provoquer des famines dans une région ou dans un pays « ennemi » des États-Unis. Perspective que réfute évidemment le docteur Blake Bextine, le responsable de ce programme au ministère de la Défense. Mais il n’explique pas pourquoi les responsables américains de l’agriculture n’ont pas été chargés de cette recherche qui est actuellement classée « secret défense »…


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