Molière  : profession, courtisan

Une nouvelle biographie, signée par Georges Forestier, dépeint l’auteur du Misanthrope comme un mondain adroit et peu sincère.

En raison d’une malchance inexplicable, il n’est rien resté des manuscrits de Molière. Tout a disparu, à part une ou deux signatures de sa main, qui sont peut-être des faux. De Corneille et de Racine demeurent des papiers personnels. Pour Molière, rien. Ce qui a permis les spéculations les plus imbéciles : Corneille aurait écrit une partie des œuvres de l’auteur du Misanthrope (ce qui ne résiste pas à un examen de quinze secondes).

En revanche, de nombreux témoignages sur Molière subsistent : le fameux registre du comédien La Grange, qui notait jour après jour l’activité et les recettes de la troupe (mais La Grange n’était pas toujours rigoureux), les éditions des comédies, des poèmes et de l’unique texte lorgnant du côté du langage tragique (Dom Garcie de Navarre), et d’abondants « reportages » des contemporains. Un chercheur, Georges Forestier, vient d’y jeter un grand coup d’œil. Son Molière démonte à la fois les légendes et l’idole. L’inventeur de Mascarille et de Sganarelle était un personnage mondain, galopant après les modes de pensée et les gens de pouvoir.

Georges Forestier est un généticien des lettres et du théâtre. Il recoupe les témoignages et soumet tout récit à un examen des sources, du contexte et des documents gravitant autour des faits concernés. En 2006, il avait déjà fait subir à Racine une cure de près de mille pages qui n’avait pas embelli le personnage. Face à Molière, il fait tomber les légendes, qui s’affaissent sous nos yeux comme un château de cartes.

Le petit Poquelin allait voir les bateleurs du Pont-Neuf avec son grand-père ? Une fable ! Molière aurait épousé sa propre fille ? C’est aussi faux que de penser qu’il fut un mari trompé et un délaissé contant ses malheurs conjugaux à travers la galerie de cocus qui s’affiche dans son théâtre. Il s’est fâché avec Lully, qui était un compositeur italien cynique et sournois ? Pas du tout, ils se sont toujours bien entendus. Enfin, pour conclure une liste d’événements sans doute imaginaires, Molière est-il mort en scène, ou presque ? Nullement. Il s’est éteint après une représentation du Malade imaginaire, alors qu’il affichait une santé à toute épreuve et que personne ne voyait en lui un homme usé et fragile.

À mesure que s’effondrent les mensonges et les enjolivures, le portrait de Molière se noircit et s’écaille. Quel stratège mondain, quel courtisan, quel flagorneur ! Certes, à ses débuts, il n’eut pas de succès à Paris, connut une année difficile dans le Midi et à Lyon, mais revint vite dans la capitale, où il profita rapidement et jusqu’à la fin de sa vie de la faveur royale (un peu fluctuante, il est vrai). Ayant repris la charge de tapissier du roi dont son père avait été titulaire, il intervenait pour l’aménagement de la chambre du monarque et pouvait rencontrer Louis XIV à son lever quatre-vingt-dix jours par an.

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