« Gilets jaunes » : Un air de Poujade

En 1953 naissait une révolte fiscale qui a fini en groupe d’extrême droite. En 2018, les Wauquiez, Dupont-Aignan et Le Pen essaient de récupérer les gilets jaunes, mais ces derniers résistent.

Simple expression d’une exaspération ou mouvement durable ? Contre la hausse des taxes sur le carburant, les appels au blocage des routes et des autoroutes se multiplient depuis quelques semaines aux quatre coins de la France. Des dizaines d’événements et de groupes ont été créés sur les réseaux sociaux afin d’organiser ces rassemblements le 17 novembre. Ce succès de la mobilisation des gilets jaunes – signe de ralliement et code couleur de cette colère –, qui reste à vérifier sur les routes le jour J, a surpris syndicats et partis politiques. D’autant que plusieurs initiatives parallèles (pétition, chanson, événement Facebook, vidéos…) ne permettent pas de cerner avec précision l’origine de cette fronde sans leader ni véritable encadrement qui, en coagulant les mécontentements, tend à dépasser son objet initial pour exprimer un ras-le-bol général.

Par plusieurs aspects, le mouvement des gilets jaunes rappelle la jacquerie des bonnets rouges bretons qui, il y a cinq ans, avait fait reculer le gouvernement. Les deux ont en commun le rejet d’une mesure fiscale et le recours aux réseaux sociaux pour mobiliser. Mais les bonnets rouges, en fédérant contre l’écotaxe, infligée aux poids lourds, les mécontentements d’une région en crise, par-delà les intérêts divergents des transporteurs, des patrons de l’agroalimentaire et des ouvriers licenciés, avaient une forte dimension régionaliste que l’on ne retrouve pas dans le mouvement des gilets jaunes. Ce dernier, né d’initiatives citoyennes, se veut apolitique ; en réaction aux soutiens trop empressés de Marine Le Pen, de Nicolas Dupont-Aignan ou de Laurent Wauquiez, il récuse toute récupération. Comme, à ses débuts, le mouvement Poujade, avec lequel la comparaison est plus éclairante.

À l’origine, ce qu’on a appelé le poujadisme était une simple révolte locale de petits boutiquiers contre la pression fiscale et les méthodes des inspecteurs des impôts. Son histoire commence le 22 juillet 1953 en terre républicaine à Saint-Céré (Lot) quand Pierre Poujade, modeste papetier récemment élu au conseil municipal sous l’étiquette RPF du parti gaulliste, apprend d’un autre conseiller, communiste et ancien chef des FTP du lieu, l’arrivée le lendemain des contrôleurs du fisc chez trente commerçants et artisans de leur ville. Ils créent aussitôt un comité de résistance, portent Poujade à sa tête et vont tenir tête aux contrôleurs dans la boutique de leur première victime. Avec succès : l’administration recule.

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