Inégaux devant la guerre

Pour les hommes, les femmes et les enfants, le conflit de 1914-1918 ne fut pas le lieu d’un consensus entre les classes, comme on l’entend souvent. Des historiens éclairent les rapports de domination qui s’y jouèrent.

Il commençait pourtant bien, ce périple présidentiel : « Il s’agit de donner du sens aux combats des poilus, ouvriers, paysans, artisans, instituteurs, tombés au champ d’honneur », soulignait-on à l’Élysée. Voilà qui s’inscrivait assez dans une histoire populaire de la guerre, à rebours d’un roman national si prompt à commémorer les lauriers des généraux, quitte à oublier leurs crimes postérieurs.

Produire une histoire populaire de la guerre, c’est en effet prendre en compte ces hommes, femmes et enfants mis en guerre dans des conditions dont tous les historiens soulignent l’extrême violence ; saisir leurs formes d’implication au front comme à l’arrière, mais aussi leurs résistances, leurs mutineries ou leurs stratégies plus discrètes de survie. Car le citoyen, rappelle Frédéric Rousseau dans son dernier ouvrage (1), même lorsqu’il devient soldat, demeure un acteur social. C’est pourquoi quelques ouvrages historiques s’attachent à quitter les domaines de la diplomatie ou du militaire pour saisir comment la situation de guerre a rejoué des rapports de domination loin du consensus belliciste trop souvent présenté encore comme allant de soi. Nicolas Mariot (2) montre par exemple que la tranchée ne fut pas une énorme machine à niveler les appartenances sociales par la communion dans la souffrance, mais au contraire le lieu d’une accentuation des distances sociales entre des hommes du peuple parfois familiarisés avec la rudesse des conditions et des intellectuels ou des bourgeois tiraillés entre leur besoin de distinction et la nécessaire alliance interclasse requise par les dangers.

Il y a les femmes aussi, plus inconnues encore que le Soldat inconnu. Certes, elles sont absentes des monuments aux morts, car la modernisation des armées s’était faite en les excluant des régiments. Trop souvent, on ne les présente que comme victimes des conflits, ce qu’elles furent, certes, assumant souvent seules les difficultés de l’arrière, et cibles de violences genrées dont le viol de guerre est une forme ultime mais tristement banale.

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