Les étrangers cobayes de l'université

Le gouvernement veut augmenter les frais d'inscription à l'université des étudiants étrangers. enterre le principe d’égalité des droits.

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En voulant soumettre à un tarif discriminatoire les jeunes extra-européens souhaitant suivre leurs études en France, le gouvernement enterre le principe d’égalité des droits. Il sera sans doute attaqué en justice, et il est possible que le droit l’emporte sur les visées démagogiques. Souhaitons-le et voici pourquoi.

En premier lieu, la volonté affichée d’attirer plus d’étudiants étrangers (500 000 en 2027 contre 320 000 aujourd’hui), venant pour l’essentiel de pays pauvres, ne concernera que des familles aisées, puisque les frais d’inscription pourront s’élever jusqu’à 3 700 euros par an.

De plus, les expériences dans d’autres pays ont montré qu’à moyen terme une augmentation ciblée sur les étrangers s’étend progressivement à tous les autres. Ainsi en Grande-Bretagne où, à la suite de la hausse discriminatoire envers les étrangers décidée par Margaret Thatcher en 1980, ce sont désormais tous les étudiants britanniques qui doivent débourser plus de 11 000 euros par an. En Suède, la même logique a provoqué un effondrement du nombre d’étudiants (1). Moins diplômés, moins payés.

Par ailleurs, face au sous-financement chronique de nos facs, dont certaines des plus prestigieuses ne disposent même pas d’accès au wifi, le gouvernement tourne le dos à l’ambition républicaine – qui suppose un volontarisme budgétaire puissant – et lui préfère un financement par endettement privé : dans les universités (les enfants de familles aisées continueront de se former dans les « grandes » écoles), les classes moyennes s’endetteront, et le remboursement reposera sur les parents ou sur l’étudiant lui-même dès ses premières années de travail, s’il en trouve un. Le risque d’insolvabilité est énorme. Aujourd’hui, aux États-Unis, le surendettement des étudiants (pour le montant astronomique de 1,5 milliard de dollars) est une bombe à retardement aussi puissante que ce que les subprimes.

Enfin, et c’est le comble : Édouard Philippe a choisi les Rencontres universitaires de la francophonie, le 19 novembre, pour proposer d’offrir aux étudiants étrangers davantage de cours… en anglais. Outre qu’il est ridicule d’imaginer que des jeunes choisissent la France pour perfectionner leur anglais, il est surtout imbécile de renoncer à construire une coopération universitaire francophone digne de ce nom, avec des millions de jeunes d’Afrique, des Amériques, d’Asie et d’Océanie, qui ont le français en partage. Un Erasmus francophone aurait sans doute plus d’allure.

(1) Rapport de France Stratégie, 27 janvier 2015 https://www.strategie.gouv.fr/publications/investir-linternationalisation-de-lenseignement-superieur-0


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