Dossier : Audiovisuel public : La réforme qui rapetisse l’écran

Réforme de l'audiovisuel : « On pourrait rêver d’une autre table rase »

Figure du documentaire sur Arte, Thierry Garrel défend une réforme qui serait moins comptable qu’organisationnelle.

Près de quarante ans dans l’audiovisuel public, de la recherche à la production. Tel est l’itinéraire de Thierry Garrel. À la tête de l’unité documentaire de La Sept, puis d’Arte, de 1987 à 2008, il a accompagné notamment les œuvres de nombre de personnalités, comme Frederick Wiseman, Rithy Panh, Agnès Varda, Amos Gitaï, ou encore Nicolas Philibert, Mariana Otero et Didier Cros, favorisant une politique éditoriale ambitieuse. C’est avec la même exigence qu’il observe aujourd’hui la réforme de l’audiovisuel public.

Quel regard portez-vous sur l’évolution de l’audiovisuel public ?

Thierry Garrel : Voilà longtemps que les machines à communiquer font l’objet d’interrogations, à la fois sur les modes de fabrication, les missions, les formes et le renouvellement des programmes. Pierre Schaeffer employait cette métaphore : il disait qu’on avait là « des monstres du quaternaire : un énorme corps avec un tout petit cerveau en haut ! ». C’est la raison pour laquelle les dinosaures ont disparu, ils n’ont pas supporté cet énorme corps ! Ainsi, en s’interrogeant sur ces vastes organisations, on s’est vite aperçu que leur propre gestion les empêchait de remplir leurs missions. Or, pour moi, la télévision est une affaire de santé publique, comme l’éducation. Malheureusement, on observe que ce service s’est appauvri, se méfiant d’objets télévisuels ou radiophoniques un peu risqués. On fait des choses propres, bien cadrées, comme s’il s’agissait d’un modèle pédagogiquement bon, politiquement correct. Ça devrait être tout le contraire. On fait du « reader’s digest » pour conforter l’audimat !

On pourra toujours vous dire, par exemple, que le documentaire est partout. Certes, mais on affaiblit en même temps son impact réel sur le public, ce qui est le plus important – non pas pour le « contrôler », mais pour l’aider à mieux être. Un lien direct s’est perdu, faisant de chacun de nous un consommateur. Même sur Arte, qui a abandonné la case des films documentaires « Grand Format », on a l’impression qu’il y a maintenant une frilosité sur la singularité des œuvres… Or, il n’y a pas deux auteurs semblables. Didier Cros, c’est Didier Cros ! Avec son rapport personnel au monde qui fait que personne ne peut l’imiter.

Comment observez-vous les coupes budgétaires, qui touchent principalement France Télévisions mais aussi l’ensemble de l’audiovisuel public ?

Pour France Télévisions, c’est énorme et regrettable. Ce sont des coupes qui affectent le budget global. C’est la raison pour laquelle il vaut mieux compter sur un budget affecté par la redevance plutôt que sur une dotation de l’État, qui, au gré des années, peut évoluer et surtout diminuer. C’est ainsi que la télévision grecque a été fermée. Quand on procède à des restrictions budgétaires pareilles, même si on ne connaît pas encore les pourcentages des coupes dans tel ou tel secteur, on peut être absolument certain que cela affectera les programmes, car c’est là que circule l’argent. Et cela touchera nécessairement la fiction et le documentaire.

La suppression de la publicité est-elle une bonne idée ?

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