Débordement général

Le gouvernement a d’abord tenté d’attribuer le mouvement à l’ultradroite. En réponse, les gilets jaunes construisent leur unité et agrègent désormais lycéens, ambulanciers, infirmières, militants des quartiers…

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Malgré les scènes de chaos montrées en boucle par les chaînes de télé, malgré des commentateurs autorisés qui parlent plus des violences que de leurs causes ou signification, il semble que le grand nombre, parfaitement conscient de la casse, continue néanmoins de donner procuration aux gilets jaunes. Pas sûr que les « Gaulois réfractaires » baissent les bras, d’autant que le gouvernement ne fait aucune annonce sur l’ISF ou les salaires. De façon grossière et provocatrice, il a d’abord tenté d’attribuer le mouvement à l’ultradroite et à Marine Le Pen. En réponse, les gilets jaunes construisent leur unité et agrègent désormais lycéens, ambulanciers, infirmières, militants des quartiers…

Sans intermédiaires ni représentants syndicaux, les gilets jaunes envahissent l’espace public, ne négocient rien – et surtout pas avec un gouvernement au sommet d’une classe politique dont ils se méfient en bloc. Contre la vie chère. Contre l’indécence des uns quand la grande majorité des autres ajuste les dépenses au plus près. Contre l’arrogance de ceux qui exigent des autres des efforts et des sacrifices qu’ils ne s’appliquent pas à eux-mêmes. Contre l’inégalité devant l’impôt (décidément, la suppression de l’ISF ne passe pas). Contre le mensonge de l’État, qui ne garantit plus l’égalité quand, à revenu égal, on paie les mêmes impôts mais que les services publics et les infrastructures ne sont pas les mêmes selon qu’on habite en ville ou à la campagne.

Combien de fois les gouvernants ont-ils été avertis des conséquences de leur aveuglement et de leur surdité ? Syndicats contournés (et qui se sont eux-mêmes bureaucratisés), associations cantonnées à la bonne conscience… Les mises en garde – on l’avait vu avec les « frondeurs », on le voit aujourd’hui avec les Insoumis – ont été prises de haut au nom du « réalisme économique », c’est-à-dire au nom de l’ordre des plus fortunés, auquel la plupart des politiques ont décidé d’accorder autorité.

En passant d’une relation électeurs-élus à une relation gouvernants-gouvernés, on a mis le couvercle sur la société. Or, pour qu’une société change, il faut qu’elle respire. La France est depuis trop longtemps en apnée. En en ayant ras le bol, elle déborde de partout. Toutes les colères se rejoignent et, surtout, semblent se comprendre pour faire cause commune. C’est là sa force extraordinaire. Au-delà de l’exécutif, déjà démonétisé, qui sait ce qu’elle emportera dans sa grande colère ? Le ruissellement est désormais à front renversé.


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