Gilets de toutes les couleurs, unissons-nous !

Nous publions ici la lettre ouverte d’une lectrice, rédigée au lendemain de la première manifestation des gilets jaunes sur les Champs-Élysées.

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Chers gilets jaunes, chers vous tous qui n’en pouvez plus,

Votre mouvement me rend pleine d’espoirs. Il me trouble aussi, et je ne suis pas la seule. Jour et nuit, il me fait me questionner : dois-je ou non vous rejoindre, et quand vais-je le faire ? Je sais qu’il y a eu des débordements et des violences, samedi 24 novembre, dont la grande majorité d’entre vous ne voulait pas. Je sais que la grande majorité d’entre vous ne veut pas que votre révolte soit récupérée, ni par des fascistes ni par qui que ce soit. Et je me dis que ce serait dommage qu’elle puisse l’être, juste parce que vous n’êtes pas encore assez nombreux.

J’ai bien compris que votre message, même si votre mouvement a démarré à cause de la hausse des taxes sur les carburants, va bien au-delà. Je ne me serais pas posé autant de questions si cela avait été votre seule revendication. Mais je vous ai écoutés à la radio. Et quoique militante écologiste, de gauche, et autant que je le peux, à mon niveau, vent debout à chaque fois que possible contre l’injustice et l’inhumanité (la situation des migrants, des personnes âgées, des travailleurs méprisés, des femmes victimes de violences…), je me suis reconnue en vous. Et je vous ai admirés. Je me suis demandé quelle part de moi-même m’avait empêchée de vous rejoindre le 24.

Aujourd’hui, voilà où j’en suis de mes réflexions : peu importe que nous ne soyons pas d’accord sur tout (à quel moment de l’histoire avons-nous tous été d’accord sur tout ?). Attendre de l’être pour être tous ensemble dans la révolte d’un peuple serait, à mes yeux, une ânerie. Et peut-être la pire connerie que nous pourrions faire aujourd’hui. Je ne sais même pas si c’est un appel que je lance, une réflexion que j’ai besoin de partager ou un souhait que je formule pour que votre mouvement soit l’origine d’une contestation générale et solidaire.

Je m’adresse aux ouvriers, aux petits entrepreneurs et commerçants qui ne savent plus comment boucler leurs fins de mois et qui ont des conditions de travail dégradées… Je m’adresse aux cheminots, qui ont donné l’exemple il y a peu d’une grève courageuse et difficile… Je m’adresse aux chômeurs, qui ont tout autant le droit de revendiquer autre chose que le mépris que ceux qui ont un emploi… Je m’adresse aux enseignants… Je m’adresse au personnel soignant, dont le travail devient de plus en plus précaire, qui doit toujours faire plus et plus vite, et en sous-effectif, au détriment des patients… Je m’adresse aux sans-abri, à ceux qui survivent uniquement grâce à des associations reconnues d’intérêt public, qui ont aussi le droit de revendiquer qu’un pays comme la France ne devrait laisser personne dans la rue… Je m’adresse aux jeunes qui ont peur de l’avenir, aux vieux qui voient leurs retraites fondre ou qui vivent mal dans des structures d’accueil… Je m’adresse aux artistes, aux intermittents du spectacle… Je m’adresse aux ONG, aux associations militantes qui luttent pour l’avenir de la planète (nous n’avons pas d’autre endroit pour vivre, nos enfants non plus), pour le respect des droits humains… Je m’adresse aux syndicats, qui ont peut-être une occasion de renaître… Je m’adresse aux agriculteurs, aux chauffeurs routiers… Je m’adresse à mes amis, à ma famille, à mes voisins, qui sont nombreux à se poser les mêmes questions que moi… Je m’adresse même aux policiers… Et j’en oublie parmi nous tous.

Je mélange tout ? Non ! Qu’on le veuille ou non, aujourd’hui, tout est « mélangé ». Tout est en lien. Tout est imbriqué. Tout est interdépendant. Alors, pourquoi on ne se mélangerait pas aussi entre nous, pour réclamer, simplement, unanimement, plus de justice ? Alors, c’est quand qu’on y va tous, dans la rue ? Avec des gilets jaunes, des gilets rouges, des gilets verts, des gilets roses… Chers gilets jaunes, je vous pose la question : êtes-vous prêts à nous accueillir tous, dans nos différences, parmi vous ?

Claire Janon, aide-soignante

P.-S. : Moi, j’ai préparé mon gilet jaune : dans le dos, il y a une affichette qui dit à M. Macron « Rends l’ISF d’abord ! », il y a aussi le message de la COP 21 : « Ils ne sont grands que si nous sommes à genoux ! » et le graphisme « Power to the people ! ». Devant, il y a le badge de la « marche solidaire et citoyenne » de soutien aux migrants, il y a la cocarde rouge du mouvement contre les pesticides « Nous voulons des coquelicots ! », et j’y ajouterai encore sûrement des choses…


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