Gilets jaunes : des femmes enfin visibles

L’historienne Michelle Zancarini-Fournel analyse la continuité de l’implication féminine dans les mouvements sociaux, jusqu’aux gilets jaunes.

Michelle Zancarini-Fournel a consacré la plupart de ses recherches à l’histoire des mouvements sociaux et des femmes (1). Elle a notamment été l’une des pionnières en France du mouvement pour une « histoire populaire (2) » initié aux États-Unis par Howard Zinn. Elle analyse ici les caractéristiques du mouvement des gilets jaunes, en particulier la présence massive de femmes en son sein.

On voit beaucoup de femmes en gilet jaune sur les ronds-points. Ont-elles un poids particulier dans ce mouvement ? Est-ce d’ailleurs vraiment une nouveauté de voir beaucoup de femmes dans un mouvement contestataire ?

Michelle Zancarini-Fournel : Il faut d’abord rappeler que c’est quasiment une constante : chaque fois qu’il y a des femmes dans un mouvement populaire, on dit que c’est une des premières fois qu’elles participent ! Or, dès les révoltes frumentaires au XVIIe siècle, par exemple, et plus encore durant la Révolution française, ce sont très souvent elles qui les ont déclenchés. Mais on ne les voyait pas, ou on ne voulait pas les voir ! Surtout les historiens, ou alors rarement.

Il y a en outre une tradition qui veut que ce soient les femmes qui s’occupent des problèmes du quotidien. Au XIXe siècle, on disait que « la mère de famille est le ministre des Finances de la famille » ; c’est elle qui est en charge de gérer le budget du foyer, de prendre en charge les dépenses, de « faire bouillir la marmite », avec la paie de l’homme ou non…

Nous sommes aujourd’hui dans un contexte tout à fait particulier, avec un mouvement mondial d’expression publique des femmes extrêmement important, aux États-Unis avec la suite de #metoo, en Argentine pour le droit à l’avortement, au Chili ou en Espagne contre les violences sexuelles et sexistes, en France également avec #balancetonporc…

Par ailleurs, une des premières revendications des gilets jaunes (même si le panel s’est ­beaucoup élargi depuis) concernait le pouvoir d’achat, à travers le prix des carburants. Or, avec l’augmentation du nombre de divorces, il y a de plus en plus de ménages monoparentaux – c’est-à-dire, dans l’immense majorité des cas, des femmes qui se retrouvent à élever leurs enfants avec un seul salaire. Enfin, l’instauration du travail à temps partiel, il y a près de quarante ans, a concerné majoritairement des femmes, qui arrivent aujourd’hui à la retraite avec de toutes petites pensions. Tout cela constitue une conjonction qui explique, selon moi, la forte présence de femmes avec des gilets jaunes sur les ronds-points. Cela apparaît aussi dans les micro-trottoirs des médias, où l’on entend beaucoup de voix féminines.

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