Cesare Battisti : une vengeance froide des extrêmes droites

Trente-sept ans après sa fuite d’Italie, l’ancien membre des « Prolétaires armés pour le communisme », 63 ans, est entré dans une prison spéciale où il finira probablement ses jours.

Politis  • 16 janvier 2019
Partager :
Cesare Battisti : une vengeance froide des extrêmes droites
© Alberto PIZZOLI / AFP

Des deux côtés de l’Atlantique, l’extrême droite au pouvoir a bruyamment jubilé, avant même l’arrivée à Rome le 14 janvier de l’ancien membre des « Prolétaires armés pour le communisme ». « Après tant d’années, l’Italie peut se réjouir : Battisti va maintenant pourrir en prison jusqu’à la fin de ses jours ! », a tonitrué Matteo Salvini, ministre de l’Intérieur italien, en réponse au message du fils du président brésilien Bolsonaro : « Le petit cadeau va bientôt arriver ! »

Accusé de deux doubles meurtres – qu’il a toujours niés –, évadé de prison en 1981, Cesare Battisti rejoint d’abord la France, les pieds dans la neige, dans la tradition des opposants à Mussolini. Ce qu’il a mis en scène dans ses polars à succès dans les années 1990. Après des années passées au Mexique, il revient en France suite à la parole d’État de François Mitterrand de ne pas extrader les anciens activistes armés transalpins. Une « doctrine Mitterrand » qui satisfait grandement alors les gouvernements italiens, en mettant fin à l’engrenage de la violence…

Or en 2002, Paris revient partiellement sur son engagement, d’abord en extradant un ancien membre des Brigades rouges, Paolo Persichetti. Puis par un jugement de 2004 autorisant l’extradition de Battisti, qui reprend sa cavale, cette fois vers le Brésil, où Lula lui garantit l’asile durant plus de dix ans. L’arrivée au pouvoir à Brasilia du fasciste Bolsonaro le 1er janvier dernier a changé à nouveau la donne. Et ce, dans le plus grand silence de la France. Trente-sept ans après sa fuite d’Italie, Battisti, 63 ans, est entré dans une prison spéciale où il finira probablement ses jours, pour des faits datant de plus de quarante ans, pendant ces « années de plomb » où l’extrême droite assassinait dans les lieux publics, dans une « stratégie de la tension », pour faire accroître la demande sécuritaire…

Monde
Temps de lecture : 2 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

Soutenir ou partir : à Moscou, une jeunesse sous contrôle
Reportage 27 mai 2026 abonné·es

Soutenir ou partir : à Moscou, une jeunesse sous contrôle

Un samedi soir à Moscou, des jeunes se confient sur leur envie de quitter le pays et sa « fucking corruption », la peur d’être mobilisés au front, et le contournement des blocages d’internet. D’autres affichent leur fierté d’être russes.
Par Pauline Mussche et Fiora Garenzi
En Crimée annexée, la guerre non dite a bien lieu au quotidien
Reportage 27 mai 2026 abonné·es

En Crimée annexée, la guerre non dite a bien lieu au quotidien

Le territoire illégalement annexé par la Russie en 2014 est rattrapé par le conflit. Malgré un discours officiel prétendant que les civils conservent une « vie paisible », la population souffre d’une situation qui s’éternise, faite d’angoisse et de morts passées sous silence.
Par Pauline Mussche et Fiora Garenzi
En Crimée, « aujourd’hui, même ceux qui se taisent sont réprimés »
Entretien 27 mai 2026 abonné·es

En Crimée, « aujourd’hui, même ceux qui se taisent sont réprimés »

En Crimée annexée, des défenseurs des droits humains continuent de travailler malgré le harcèlement des autorités. Sous couvert d’anonymat, l’un des défenseurs de la minorité tatare a accepté de témoigner.
Par Pauline Mussche et Fiora Garenzi
La Bavière, future championne des expulsions ?
Reportage 20 mai 2026 abonné·es

La Bavière, future championne des expulsions ?

La Ville de Munich s’apprête à construire un gigantesque terminal dédié au renvoi de personnes migrantes. Un projet contraire aux droits humains et quelque peu irréaliste mené sur mandat de la police fédérale, et poussé par la politique du chancelier allemand Friedrich Merz. 
Par Opale von Kayser et Noémie de Bellaigue