Prostitution : Question de consentement
Trois femmes ont accepté de nous raconter les conditions d’exercice de leur activité de prostitution et l’impact de la loi sur leur quotidien. Reportage.
dans l’hebdo N° 1538 Acheter ce numéro

I magine le connard en boîte de nuit, quand il drague une nana un peu éméchée. Il la ramène à la maison et l’oublie le lendemain… », énonce une femme vêtue d’un pull à capuche surmontée d’une paire d’oreilles de chat. Elle fait mine d’être scandalisée, un sourire en coin : « Et tout ça gratuitement ?! » Anaïs, 42 ans, élève le sarcasme au rang d’un art. Il y a sept ans, elle a abandonné son travail de cadre dans le privé pour devenir travailleuse du sexe. « J’ai fait deux burn-out. J’aimais mon boulot, mais la direction me mettait la pression, je ne pouvais plus continuer », raconte-t-elle sans une once de regret dans la voix. La femme aux lunettes rouges – qui se décrit comme « libertine » – décide de tester la prostitution. « Par pure curiosité », précise-t-elle.
L’ex-cadre décide alors de se mettre dans la peau d’un client et consulte les petites annonces. Elle observe et apprend, puis se lance. « J’avais cultivé tout un imaginaire sur les escort-girls. Des canons avec un savoir-faire sexuel de fou, des clients un peu tordus », décrit-elle théâtralement. Son vécu des premiers rendez-vous balaie ces représentations : « Les clients savent ce qu’ils désirent. Ils veulent parler, de la chaleur, une présence, un rapport sexuel. » La femme aux cheveux courts souffle et secoue la tête : « C’est d’une banalité déconcertante. »
Anaïs commence par se déplacer dans des hôtels ou chez ses clients. En « outcall », comme on dit dans le métier. La femme aux oreilles de chat n’aime pas trop la rue. « Je ne m’y sens pas à l’aise.