Médiagénie d’un « Street Fighter »

Les images de Christophe Dettinger, le « boxeur de gendarmes » interpellé lors d’une manifestation de gilets jaunes, renvoient à toute une histoire de pugilistes révoltés et interrogent sur la mise en scène de la violence.

Temps fort de l’acte 8 du mouvement des gilets jaunes, la vidéo de Christophe Dettinger est devenue le symbole d’une résistance sociale, réplique violente à la brutalité des forces de l’ordre. Sa technique et son gabarit ont trahi l’identité de l’ancien champion et transformé les images en preuve à charge contre le « boxeur de gendarmes ». Le tribunal correctionnel de Paris a eu, on le sait, la main lourde : 30 mois de prison dont 18 avec sursis. Si les chants de stade adaptés par les gilets jaunes soulignent la porosité entre l’imaginaire sportif et celui de la mobilisation (1), les images de la passerelle Senghor trouvent une partie de leur signification dans la médiagénie des boxes contemporaines.

Parce qu’il oppose frontalement deux forces visant l’anéantissement adverse, le dispositif pugilistique matérialise aisément des confrontations idéologiques. Dans la rencontre qui l’oppose en 1933 à Max Schmeling, l’« Uhlan noir du Rhin », Max Baer envisage chaque frappe comme un coup porté à Hitler. Plus tard, Mohammed Ali consacre le ring comme arène politique. Mais il participe déjà à une spectacularisation où priment les logiques économiques. En 1974, dans son combat de Kinshasa contre George Foreman, les intérêts des chaînes payantes pèsent plus que la communion hypothétique de l’Atlantique noir. Hommes d’affaires, parfois mauvais garçons, les boxeurs ne sont pas que des porte-étendards de circonstance. Mais ceux qui mettent leur force au profit d’une lutte sociale sont rares. Ils appartiennent souvent à la préhistoire pugilistique et s’incarnent dans des figures collectives, boxers révoltés de 1899-1900 que la Chine populaire instrumentalise pour mettre en récit l’opposition à la domination occidentale, capoeiristes brésiliens secouant le joug esclavagiste. L’histoire récente offre plutôt des exemples de boxeurs cravatés de frais en quête de mandatures, comme Vitali Klitschko, devenu maire de Kiev.

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