Retrouver une ambition mutuelle

Tribune. Pour Jean Sammut, président de la mutuelle Les Solidaires, la responsabilité de la crise actuelle est partagée.

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La crise actuelle, certes imputable à la politique du gouvernement Macron, n’exonère pas les composantes de la gauche et de la société civile. Se carrant dans des certitudes très relatives, ignorant des pans entiers de la population qui n’entrent pas dans leurs schémas, elles ont leur part de responsabilité dans la crise démocratique et de confiance envers les structures sociales et leurs dirigeants.

Ainsi, la Mutualité, avec l’affaiblissement des liens mutualistes au profit des outils de gestion, participe volens nolens à cette perte de confiance. Après bien des compromis, en premier lieu l’acceptation des directives européennes, après une modernisation forcée, des regroupements et des fusions, la Mutualité perd de son influence et vient de passer, pour la première fois depuis 1985, sous la barre des 50 % du « marché » des complémentaires. Est-ce malgré les compromis et la modernisation ou à cause d’eux ? La banalisation par l’assurantialisation n’est-elle pas plutôt au cœur de cette évolution ?

La Mutualité voit s’éroder la perception de son modèle de solidarité et de gouvernance. En une dizaine d’années, les mutuelles ont perdu leur image d’associations sociales et solidaires de proximité au profit d’une image d’entreprises financières qui, de surcroît, gaspilleraient l’argent qui leur est confié. La mise en concurrence, l’hyper-réglementation, l’accompagnement des politiques publiques, la dégradation des formes de représentativité, la bureaucratisation et la technocratisation de ses instances ne font plus de la Mutualité qu’un concept marketing, une catégorie de l’assurance. Si les mutuelles deviennent des assurances, les adhérents des clients, les conseils d’administration des chambres d’enregistrement de rapport actuariels, si les assemblées générales ne sont plus que des réunions d’information, comment parler encore de démocratie directe, comment peut-on encore aspirer à être un mouvement social ?

La crise profonde qui s’est exprimée violemment implique les corps intermédiaires ; elle démontre que les discours ne suffisent plus. Ainsi, celui par lequel nous, mutualistes, revendiquons des valeurs et que nous voudrions que le public approuve sans examen ne passe plus. Qu’est-ce que ça change pour les adhérents s’ils ne se considèrent plus que comme des clients et si leurs dépenses vitales contraintes augmentent tous les ans, dans un budget toujours plus serré ?

La Mutualité doit intégrer les évolutions politiques – et certes pas pour accompagner les décisions gouvernementales. On ne peut être à la fois « institution » et « mouvement ». Face au risque de se voir transformée en un ensemble d’entreprises financières de marché et de perdre son utilité sociale, la Mutualité devra se renouveler, ou plutôt retrouver ses fondamentaux, non seulement pour sa propre survie économique, mais pour la société tout entière. Nous arrivons au bout de la contradiction capitaliste entre couverture sociale et système de santé. Devant les dysfonctionnements de ce dernier, l’intervention directe des populations pour coconstruire un nouveau modèle d’organisation de la santé, intégrant évolutions technologiques et contraintes de gestion, mais plaçant le patient et sa sécurité au cœur du dispositif, est devenue indispensable. Sinon, les crises succéderont aux crises, et le sentiment d’insécurité sociale et sanitaire ne fera que grandir. Pour se survivre, être utile à la société, rester en phase avec ses valeurs et retrouver la confiance de la population, la Mutualité doit avoir l’ambition de se penser avec ses adhérents comme l’alternative réaliste et crédible à la dégradation en cours du système actuel.


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