Barbarin, la démission

Condamné par la justice, l’archevêque de Lyon a décidé de présenter sa démission au Vatican.

Jean-Claude Renard  • 7 mars 2019
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Barbarin, la démission
© crédit photo : JEFF PACHOUD / AFP

Six mois de prison avec sursis. C’est la peine dont a écopé monseigneur Philippe Barbarin ce jeudi 7 mars, prononcée par le tribunal correctionnel de Lyon pour la non-dénonciation d’abus sexuels commis par le père Bernard Preynat, et précisément un acte (parmi tant d’autres) sur un mineur de 15 ans, entre 2014 et 2015. Sachant qu’il encourait jusqu’à trois ans de prison et 45 000 euros d’amende, Philippe Barbarin s’en tire bien, même si la procureure n’avait, curieusement, requis aucune peine.

En revanche, le tribunal a prononcé la relaxe des cinq autres prévenus (l’archevêque d’Auch, Maurice Gardès ; l’évêque de Nevers, Thierry Brac de La Perrière ; le prêtre Xavier Grillon ; et les deux laïcs, Pierre Durieux, ex-directeur de cabinet de Philippe Barbarin, et Régine Maire, chargée par l’archevêché de recevoir les victimes de pédophilie).

Cette condamnation fait suite à la plainte déposée par l’association La Parole libérée, dénonçant les faits de pédophilie du père Preynat pendant plus de vingt ans, ancien aumônier, et protégé par sa hiérarchie, dont le procès n’aura pas lieu avant la fin de cette année, au mieux. La décision du tribunal signifie clairement que Mgr Barbarin a intentionnellement couvert le prêtre.

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Au moment du verdict, l’archevêque a préféré ne pas être présent (allons donc !).

Le cardinal Barbarin est ainsi le troisième évêque condamné en France pour des faits similaires, après deux autres en 2001 et en 2018. Ses avocats ont annoncé vouloir faire appel, regrettant que divers documentaires déjà diffusés et un film (Grâce à Dieu, de François Ozon) aient influencé le verdict (omettant tout de même que le père Preynat a déjà reconnu les faits).

De son côté, la Conférence des évêques de France (CEF) a pris acte « de la décision de justice rendue aujourd’hui à l’encontre du cardinal Barbarin pour non-dénonciation. Elle ne commentera pas cette décision » (allons donc !, bis). La CEF rappelle que, « comme tout citoyen français, le cardinal Barbarin a le droit d’utiliser les voies de recours à sa disposition. C’est ce qu’il a fait et nous attendons l’issue de cette nouvelle procédure ».

Pour François Devaux, comptant parmi les plaignants et fondateur de l’association La Parole libérée, cette condamnation demeure « une grande victoire pour la protection de l’enfance qui envoie un signal très fort à beaucoup de victimes et leur permet de comprendre qu’elles sont entendues, écoutées et reconnues ».

Sitôt après le verdict, depuis la maison diocésaine de Lyon, Mgr Barbarin a déclaré, sans commentaire, son intention de présenter sa démission au pape François, qu’il devrait rencontrer dans les prochains jours. Le procès, auquel on attendait peu de suites, a déjà servi à sortir d’une omerta insupportable.

Société
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