Macron, Bayrou, Retailleau : des référendums pour un grand flou politique

Le président, le premier ministre et le ministre de l’Intérieur songent à l’utilisation de l’article 11. Un outil démocratique perçu comme une arme constitutionnelle au service des ambitions politiques macronistes.

Lucas Sarafian  • 12 mai 2025 abonné·es
Macron, Bayrou, Retailleau : des référendums pour un grand flou politique
© Arnaud Jaegers / Unsplash

Qu’est-ce qu’ils ont tous dans la tête ? François Bayrou, Emmanuel Macron et Bruno Retailleau semblent parler la même langue et partagent une même idée : le référendum. Solution magique pour résoudre tous leurs maux ? C’est le locataire de Matignon qui a commencé le premier. Dans une interview accordée à l’hebdo dominical d’extrême droite, Le Journal du dimanche, le centriste de 73 ans a annoncé le 3 mai vouloir lancer un référendum sur un « plan d’ensemble » pour redresser les finances publiques qui demanderait « des efforts à tout le monde ».

« Je pense que la question est assez grave, assez lourde de conséquences pour l’avenir de la nation pour qu’elle s’adresse directement aux citoyens », explique le patron du Modem. Alors que toutes les oppositions décrivent le chef du gouvernement comme un homme incapable de mener la moindre réforme d’ampleur, totalement enkysté, François Bayrou croit peut-être avoir trouvé la parade pour gravir son « Himalaya budgétaire » et faire taire toutes les critiques à son égard.

Le premier ministre n’y croit même pas. C’est une façon d’occuper le terrain.

É. Coquerel

« Un texte budgétaire ne peut pas se résoudre à 'oui ou non'. C’est un texte qui nécessite d’être débattu, amendé, modifié et qui, par essence, est un texte parlementaire. L’Assemblée nationale est née, au moment de la Révolution française, sur des questions budgétaires, cela fait partie de ses prérogatives centrales. Cette façon d’imaginer quelque chose qui ne passera pas la rampe du point de vue constitutionnel est incongrue », confie Éric Coquerel, le président insoumis de la commission des Finances. « Le premier ministre n’y croit même pas. C’est une façon d’occuper le terrain et de repousser la logique qui voudrait que l’on dépose une motion de censure s’il utilise le 49.3 »

Erwan Balanant, député Modem, prend la défense du premier ministre : « On est assez surpris que ça étonne un certain nombre de personnes que l’on mette sur la table des sujets vitaux pour la France. La dette est un sujet vital pour les intérêts de notre pays. Que l’on sollicite les Français sur la question, j’avoue que j’ai du mal à trouver ça loufoque. »

Entre Macron et Bayrou, une concurrence au cœur l'exécutif

François Bayrou songe depuis un certain temps vouloir consulter les Français. Dans Le Figaro le 28 février, il affirmait : « J’ai toujours dit que lorsque des questions sont bloquées, lorsqu’il n’y a pas de résolution possible, le référendum est une issue. » Mais la manœuvre politique semble surtout acter la difficulté dans laquelle se trouve ce premier ministre à l’impopularité grandissante, incapable de faire

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