C’est du sport, les courses !

Une loi pourrait désormais obliger les industriels à afficher la qualité nutritionnelle de leurs produits dans la publicité… mais pas encore sur les emballages. Un tout petit pas en avant.

Vu à la télé ! Ou sur Internet. Ou entendu à la radio. Fin février, les députés ont adopté un amendement qui rend obligatoire l’affichage du Nutri-Score sur tous les supports publicitaires pour les produits alimentaires. Nutri-Score, qu’est-ce que c’est ? À la fois un logo et un système de notation des aliments qui suit un code couleur associé à des lettres. De A, en vert foncé, note la plus favorable, à E, en rouge, en passant par un vert clair, un jaune et un orange. Un score calculé pour 100 grammes, mesurant la teneur en nutriments d’un produit à privilégier (fruits et légumes, fibres, protéines) ou à éviter pour ses acides gras, son taux de sucre et de sel.

Le principe est que le consommateur puisse comparer les aliments et les produits transformés, jusqu’aux boissons. La même idée avait été présentée en mai 2018 au moment des débats sur la loi agriculture et alimentation, et rejetée par les députés et le ministre de l’Agriculture, Stéphane Travert, sous la pression notamment des grands patrons de l’audiovisuel (de Delphine Ernotte, à France Télévisions, à Gilles Pélisson, à TF1, en passant par Lagardère active et NRJ), qui craignaient de faire fuir les annonceurs.

Cette nouvelle mesure portant sur la publicité vient des rangs de La France insoumise, dans le cadre de sa niche parlementaire annuelle, avec une proposition de loi sur les dangers de la malbouffe, responsable de maladies chroniques comme le diabète, les affections cardiovasculaires et l’obésité. La France insoumise entendait à l’origine imposer une baisse des taux de sel, de sucre et des acides gras dans les aliments transformés. Balle peau. Ce volet a été retoqué.

La proposition adoptée ce 21 février, contre l’avis du gouvernement, a été entièrement revisitée, réécrite par la majorité. « Victoire pour La France insoumise ! a commenté Jean-Luc Mélenchon, quoique LREM ait partiellement vidé notre proposition de loi […]. Une petite avancée, mais une avancée quand même ! » Il faudra donc s’en contenter. De peu. D’autant que les annonceurs pourront déroger à cette obligation moyennant une contribution affectée à l’Agence nationale de santé publique, tandis que l’amendement prévoit un long délai (jusqu’au 1er janvier 2021 !) pour laisser aux marques le temps de s’adapter. Dans ce vote, un autre amendement prévoit la remise d’un rapport annuel sur l’évolution de la qualité nutritionnelle des aliments et une éducation à l’alimentation intégrée à l’enseignement scolaire. En revanche, un autre article visant à réduire l’impact de la publicité alimentaire sur les plus jeunes a été rejeté. C’était pourtant un volet essentiel et crucial. Sachant que le texte n’est pas encore passé au Sénat, rien n’est réellement acquis.

Reste une curiosité, sinon un paradoxe. Si l’affichage devient plus ou moins obligatoire dans la publicité, il ne l’est pas sur les emballages dans les supermarchés ! Les entreprises sont seulement encouragées à l’utiliser. « Un arrêté, publié en octobre 2017, précise que le Nutri-Score peut être affiché sur la face avant des emballages, explique Serge Hercberg, professeur de nutrition à l’université Paris-XIII, également coordinateur des travaux sur le Nutri-Score. Mais ce n’est pas obligatoire, parce qu’une réglementation européenne empêche les États d’afficher un logo nutritionnel, au nom de la libre circulation des produits. C’est un règlement discuté à Bruxelles dès le début des années 2000 et jusqu’en 2016, poussé par les lobbys industriels pour empêcher les États de prendre les bonnes décisions. Il existe donc bien en France un texte de loi, mais il reste facultatif ! »

À ce jour, une centaine d’entreprises se sont engagées à faire figurer le Nutri-Score sur leurs emballages. Des distributeurs comme Auchan, Intermarché, Casino, des sociétés comme Danone, Bonduelle, William Saurin, Jacquet, Marie. « Tous se sont mis d’accord pour plus de transparence, après d’intenses batailles de lobbying, précise encore Serge Hercberg. D’autres marques sont nettement plus réticentes et s’y refusent. Un noyau dur de multinationales, des groupes comme Unilever, Nestlé, Pepsi, Coca-Cola, des marques comme Ferrero, Kellogg’s, Mars… Des entreprises qui tentent toujours et encore de torpiller le Nutri-Score. Mais, en termes européens, autant la marge de manœuvre est réduite sur l’affichage des emballages, autant elle est ouverte sur la publicité. » Est-ce suffisamment contraignant pour l’industrie agroalimentaire ? « C’est déjà une avancée importante pour la santé publique, répond Serge Hercberg. Même si les industriels savent qu’ils peuvent déroger à leurs obligations, d’une façon ou d’une autre, cela les pousse à revoir la composition de leurs produits. »

Il reste 49% de l'article à lire.

   Pour lire la suite de cet article, identifiez-vous ou créez un compte :

Article réservé

Pour lire cet article :

Je choisis un pack
Achetez un pack de crédits
pour accéder à cet article.
Consultez nos offres d’abonnement,
à partir de 8€/mois.
Déjà abonné(e) ?
Identifiez-vous.

Vous pouvez aussi acheter le journal contenant cet article ici

Haut de page

Voir aussi

Articles récents