Algérie : « Ce mouvement est un épisode de notre processus de libération »
Pour Omar Benderra, l’exceptionnelle mobilisation citoyenne renoue avec les idéaux de la révolution algérienne. Il doute que la rue se contente du départ de Bouteflika.
dans l’hebdo N° 1547 Acheter ce numéro

Il a fui l’Algérie en 1992 pour se réfugier en France, quand les militaires au pouvoir, confisquant un processus électoral qui allait les destituer au profit du Front islamique du salut, ont ouvert une décennie noire de guerre civile, qui s’est soldée par la mort de dizaines de milliers de personnes. À cette époque, Omar Benderra travaillait au cœur de l’État algérien, il était notamment président du Crédit populaire d’Algérie, banque créée pour assurer la négociation de la dette extérieure du pays. Observateur assidu de la scène politique, dans un milieu où il a gardé de bons contacts, il est membre d’Algeria-Watch, observatoire de la situation des droits humains en Algérie.
Vendredi après vendredi, de nouveaux aménagements politiques surgissent dans l’espoir de calmer les protestations, mais la rue ne désemplit pas. C’est la débandade ?
Omar Benderra : Le régime, qui entend durer – c’est un truisme ! –, organise la gestion des événements en fonction de cet objectif. Mais confronté à une crise majeure, d’une ampleur et d’une magnitude totalement inédites dans l’histoire de l’Algérie, il se trouve tout à fait désemparé, ce qui explique la série de manœuvres à laquelle nous assistons.
Bouteflika était un président extrêmement commode pour les groupes d’intérêt qui gravitent au sommet du pouvoir, parce qu’il était absent, qu’on lui faisait dire ce qu’on voulait et qu’il n’intervenait pas de manière autoritaire dans la répartition de la rente. Son renoncement à un cinquième mandat n’a pas calmé la rue, ni la décision