Algérie : La rue fait vaciller le « système »

Abdelaziz Bouteflika a annoncé qu’il démissionnerait d’ici au 28 avril, mais ça ne suffira pas.

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Ça ne suffira pas. Abdelaziz Bouteflika a peut-être annoncé qu’il démissionnerait d’ici au 28 avril (qui n’est après tout que la fin officielle de son quatrième mandat), les foules qui envahissent par millions les rues d’Algérie depuis six semaines n’y voient là qu’une énième manœuvre du « système » pour garder la main. Car cette démission, annoncée par communiqué puisque le président reste claquemuré dans sa résidence médicalisée de Zeralda, va entraîner une élection présidentielle dans les trois mois qui suivent. Pilotée par qui ? Le président par intérim sera un cacique du régime, et le nouveau gouvernement nommé le 31 mars est une copie technocratique du précédent… L’armée ? C’est bien le lâchage de Bouteflika par son chef d’état-major qui a précipité ce retrait. Le général Salah avait suggéré que le président soit déclaré inapte, mais ce dernier a préféré la démission, moins humiliante. Preuve que le bras de fer se joue en coulisses entre le clan Bouteflika et la hiérarchie militaire, pour préserver leurs parts du gâteau d’hydrocarbures (le seul qui reste à partager, représentant presque 100 % des exportations). Est-ce pour offrir des boucs émissaires à la rue que les « oligarques » ont été interdits de sortir du territoire, l’un deux, Ali Haddad, ayant même été arrêté à la frontière tunisienne ?

Cependant, le jeu d’ombres est précisément ce que rejettent les manifestants depuis le 22 février. Ce qu’ils réclament avec force, à l’instar d’Omar Benderra (lire ici), c’est un processus démocratique large et ouvert, qui puisse élaborer un nouvel avenir, et notamment une nouvelle constitution. Choisir un nouveau président, surtout si les élections sont organisées dans l’opacité, voire la magouille, n’est pas leur priorité. Pour l’instant, c’est la rue qui garde la main.


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