Benoît Biteau : D’abord paysan !

En position éligible sur la liste EELV, Benoît Biteau revendique sa passion et son expérience d’agriculteur militant.

Jean-Claude Renard  • 24 avril 2019 abonné·es
Benoît Biteau : D’abord paysan !
© crédit photo : Coline Le Moing

Paysan investi, fils d’agriculteurs et petit-fils de paysans de Charente-Maritime, à Sablonceaux, à trois encablures de La Rochelle. Toise haute et silhouette large. Mais le parcours franc du collier de Benoît Biteau, né en 1967, n’a pas été le plus direct. Parce qu’au sortir du lycée, avec un bac scientifique, il enquille deux BTS, le premier en génétique, autour des semences, le second sur la gestion de l’eau. À la clé, un poste de directeur d’un bureau d’études sur l’irrigation et le drainage en région Poitou-Charentes.

Rapidement, le jeune homme sent qu’il n’est pas à sa place et passe le concours d’ingénieur des techniques agricoles. Rencontre déterminante et révélation. Il a 30 ans, travaille pour les haras nationaux sur le clonage, la conservation des races locales et anciennes, puis au service d’une coopérative agricole, en charge du développement. Et déjà sourdent ses inspirations vers l’écologie, renforcées par ses formations. Il le sait : « On ne peut pas pratiquer l’agriculture avec des logiques qui entendent mettre la nature au pas. Le salut du développement agricole, c’est de coopérer avec elle. Pratiquer une agriculture dépendante des engrais de synthèse et des pesticides dérivés du pétrole conduit l’agriculteur et l’agriculture dans l’impasse », observe-t-il alors qu’il entre dans la fonction publique territoriale, en conservateur du patrimoine au parc du Marais poitevin. « C’est comme un conservateur de musée, à ceci près que ma spécificité est celle du patrimoine technique, scientifique et naturel, sur l’ensemble des espèces, sur les variétés cultivées, les races d’élevage », précise-t-il. Pour qui mange bio et local, et surtout sans conservateurs, c’est assez cocasse.

L’année 2006 marque un tournant. Le père de Benoît fait valoir son droit à la retraite après un demi-siècle de turbin agricole. Il s’apprête à céder sa structure à des repreneurs voisins quand ses fistons se déclarent acquéreurs : Benoît et son frère Jean-Jacques, alors journaliste dans le groupe de presse Réussir. Passage de témoin, flambeau partagé. Le frangin se charge de la production viticole, lui-même des activités céréalières. Ou comment changer sa vie en destin à 40 ans. Le relais passe, dans la rupture (il faut bien tuer le père). C’est que la structure paternelle s’est toujours pliée au productivisme, à la monoculture du maïs, aux grands groupes semenciers, aux pesticides. Le projet des frérots est tout autre, tourné vers « un modèle agronomiquement pertinent ». Foin des substances de synthèse, des pesticides, place à l’agriculture biologique. Succès économique au bout.

Parallèlement à ce changement radical de la structure d’un pater empathique, Benoît Biteau connaît également un parcours politique au Parti radical de gauche, de ses 18 ans à 2017. Proche de Christiane Taubira, longtemps approché par Ségolène Royal, il est élu conseiller régional en 2010. Un an auparavant, il a reçu le Trophée national de l’agriculture durable. Pas une mince récompense pour ses audaces agroécologiques, et une reconnaissance qui fait la fierté de pôpa. L’histoire lui donne raison. Pour Royal, présidente de région, c’est « une bonne prise ». Il en convient, alors chargé de la ruralité, de l’agriculture, de la pêche et des cultures marines – et aujourd’hui délégué à la mer.

Cependant, déçu par le groupe socialiste, c’est avec les écologistes que Benoît Biteau s’investit aujourd’hui, en onzième position de la liste pour les élections européennes, au titre de « personnalité d’ouverture », convaincu qu’« en matière écologique c’est au niveau européen que les choses évoluent. C’est un levier incontournable : en témoigne tout le travail de José Bové sur la PAC, les OGM et les pesticides, que j’ai envie de prolonger. Il s’agit de battre le fer au bon endroit. Et non de s’appuyer sur des pâles copies à un moment où tout le monde considère que l’écologie est un enjeu déterminant. Il existe une antériorité incontestable : à l’origine, les idées viennent toujours des Verts ».

Boulonneur infatigable, transpirant d’authenticité, passionné de biodiversité et s’appuyant sur son expérience, qu’il relate dans Paysan résistant ! (Fayard, 2018), Benoît Biteau connaît ses forces et les revendique : « Il n’y a pas l’épaisseur d’une feuille de papier de cigarette entre ce que je raconte à la tribune et ce qui se passe dans ma ferme. » Surtout, il se dit élu régional, certes, « mais d’abord paysan et pas politique. Ce n’est pas mon mandat qui fait bouillir la marmite. J’ai un métier, qui me fait vivre, que j’ai choisi, ce qui me donne une liberté de parole et d’opinion. On peut entrer en politique, sans en faire un métier de subsistance ». S’il est élu député européen (puisqu’on n’est jamais à l’abri d’un succès), tout est prévu : un employé de plus à la ferme, ne serait-ce que pour développer la traite des brebis, et un retour à la terre en fin de mandat.

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